J’ai mal à la Terre

On entend parfois dire que les fleuves et rivières sont comme les artères ou veines de la Terre. Ou que les forêts en sont les poumons. J’avoue apprécier cette vision qui nous fait voir notre planète comme un superorganisme ayant sa vie propre plutôt que comme une boule de matière inerte suspendue dans le vide. Cette vision intuitive a le mérite de nous faire prendre conscience que la terre nous porte et nous nourrit, que nous en sommes partie intégrante et que, sans elle, nous ne pourrions même exister. Elle est notre mère, disent les Autochtones.

À défaut de souscrire à cette vision globale, il est alors tentant de considérer la terre comme un unique bassin de ressources matérielles, qu’on continue à tort de présenter comme inépuisables : soutirons-en le pétrole, le bois, l’eau, les métaux sans nous soucier des conséquences!! Pourtant, nous le savons, ces ressources ont des limites. Cela dit, impossible de promouvoir une croissance économique sans fin sans faire preuve d’angélisme : tôt ou tard, nous atteindrons le fond du baril…

Disque Gilles VigneaultAlors, comment rester indifférents aux tentatives acharnées des pétrolières ou gazières d’extraire le pétrole et les gaz de schiste du fleuve et de nos terres? Et à celles des gouvernements de vouloir brader nos ressources pour atteindre des objectifs économiques à courte vue et permettre à d’aucuns de s’enrichir, sans considérer les conséquences à long terme de ces ponctions sur l’environnement et la qualité de vie de tous? Comment s’assurer que ces décisions n’ont pas d’impacts négatifs sur la vie de nos enfants, et des sept générations à venir, s’interrogeraient les grands sages autochtones? Comment ne pas attenter ainsi à notre propre vie en menaçant les organes vitaux de cette Mère qui nous fait vivre? De cette «&nsbp;création&nsbp;» toujours en travail?

Il me prend alors l’envie de chanter, comme le clame Gilles Vigneault dans cette chanson créée en 1996, bien d’actualité encore…

J’ai mal à la terre
Mal aux océans
Mal à mes artères
Aux poissons dedans
Mon ventre n’est plus qu’un cratère géant
Géant, béant
J’ai mal à la terre

Le fond du pétrolier est sale
Il faudra nettoyer la cale
Et puis le capitaine est saoul
On s’en fout
Il ira vider sa poubelle
Au secret de la mer si belle
Et les dauphins qui sont dessous
Les sous, les sous
L’albatros en a plein les ailes

Mon règne animal m’interroge
On me détraque mes horloges
Je fais mes étés de travers
Dans l’hiver
Et pour grossir quelques fortunes
On vend le sable de la dune
On vend le sel, on vend le fertile
Et l’eau et l’air
Avec les rayons de la lune.

[…]

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Tout ce qui arrive à la terre…

En 1854, le grand chef Seattle des tribus du Nord-Ouest affirmait :

Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. La terre n’appartient pas à l’homme; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes les choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes les choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre.

Quelque 150 ans plus tard, ses propos nous concernent de façon plus pressante que jamais…

(Citation tirée de David Servan-Schreiber, Anticancer Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, Paris, Robert Laffont, coll. Pocket Évolution, 2007, p. 158)