Des livres marquants

Depuis belle lurette, je suis ému devant les beautés de notre univers et de ce que nous offre cette nature abondante. Tout jeune, je levais les yeux, le soir, pour admirer la Lune, les étoiles, les planètes et la Voie lactée, me disant que nous étions bien petits et insignifiants devant cette immensité, que dis-je, cet abîme sans fond regorgeant de mystères inconnus et quasi inconnaissables. La conscience intime de cet univers infini me donnait le vertige, mais jamais ne me causait de frayeurs. Elle suscitait plutôt de multiples interrogations en moi et un certain élan spirituel. J’étais tout bonnement sidéré et ému devant tant de magnificence. Qui ou quoi pouvait être à l’origine de tout cela?

De nombreux arbres entouraient la maison de ma jeunesse. Je les trouvais si imposants, fiers, majestueux que je ne pouvais m’empêcher de céder à la fascination devant ces «plantes» géantes qui ornaient si bellement nos parterres. Et nous protégeaient en quelque sorte, comme de grands sages tranquilles, mais à la fois forts et bienveillants. J’ai découvert en tentant de les identifier que nous avions sur notre seul terrain un saule pleureur, que nous avons dû abattre plus tard – que de tristesse! –, deux magnifiques tilleuls, dont les effluves me ravissaient et sur lesquels je grimpais parfois, et plusieurs érables dont au moins un érable rouge ou un de Norvège. Fait étonnant, ces tilleuls que j’admirais tant m’ont toujours suivi au cours de mon existence : un tilleul se dressait chaque fois sur le terrain de plusieurs endroits où j’ai habité par la suite.  Même aujourd’hui, mes parents qui ont déménagé de la maison de mon enfance habitent une maison où un tilleul s’épanouit en façade.

À l’époque, ma maison d’enfance était aussi située près du fleuve Saint-Laurent. De notre cour arrière, je pouvais voir facilement, par beau temps, l’autre rive, assez éloignée. Nous habitions de plus à quelques dizaines de mètre d’un cap à la pente abrupte qui descendait vers les berges plusieurs dizaines de mètres plus bas. Quelques fois, nous nous sommes aventurés, mes frères et moi, dans ces petits sentiers à peine battus à travers bois et ramages qui menaient au pied de cet escarpement, non sans certains risques. Une fois sur les berges, nous admirions le fleuve, les immenses pierres qui le jalonnaient et, surpris, nombre d’anguilles mortes qui jonchaient la plage…

Mes grands-parents avait aussi une grande terre à bois, sise à quelques kilomètres de leur propre maison. Nous nous y rendions de temps en temps quand nous leur rendions visite. Sur le coup, ces longues périodes d’attente sur cette terre isolée, pendant que mes parents et grands-parents cueillaient les bleuets, m’ennuyaient. Mais très tôt, je me suis rendu compte du joyau qu’était cet emplacement. Aujourd’hui, je visite cette terre encore en pensée, habité par le souvenir de mon grand-père qui y passait des heures pour entretenir la forêt et les lieux et s’évader un peu.

Ces quelques épisodes parmi tant d’autres ont suscité et forgé mon intérêt pour la nature et nourri mon goût de protéger cet héritage sans mesure. Toujours, j’étais ému de sa beauté et de sa générosité. Par la suite, animé par le goût de la lecture qui m’a toujours suivi depuis tout petit, j’ai plongé avec avidité, en parallèle de mes études et de mes engagements artistiques et professionnels, dans plusieurs livres qui ont alimenté ma quête de connaissances et de compréhension de cet univers sans mesure. Ils ont creusé en moi cet engagement senti et profond pour la protection de cet univers à la fois grandiose et fragile. J’en ai saisi le délicat équilibre, nécessaire à son maintien, et l’importance de vivre en harmonie avec ce lieu dont nous sommes issus et avec lequel, en définitive, nous ne faisons qu’un. J’ai compris que notre santé, notre bien-être, notre équilibre dépendaient directement de celui de cet environnement dans lequel nous baignions. Nous ne sommes pas séparés de la nature, nous en sommes partie intégrante.

Ce long prélude me permet donc de mieux vous situer vis-à-vis de cet élan qui est mien. Je prends donc le temps ici de vous présenter quelques-uns des livres marquants – cadeaux inestimables des arbres et de plus en plus conçus et imprimés de manière à respecter de manière durable les forêts – qui ont approfondi mon lien amoureux avec la nature et m’ont fait comprendre l’importance de nourrir et d’honorer cette relation essentielle et vivante à notre mère la terre.

1. Le printemps silencieux de Rachel Carson

Printemps silencieuxLe livre Printemps silencieux (Silent Spring), écrit en 1962, est «l’acte de naissance du mouvement écologiste» (Al Gore). «Premier ouvrage sur le scandale des pesticides, [il] a entraîné l’interdiction du DDT aux États-Unis. Cette victoire d’un individu contre les lobbies de l’industrie chimique a déclenché au début des années 1960 la naissance du mouvement écologiste.

Printemps silencieux est aussi l’essai d’une écologue et d’une vulgarisatrice hors pair. En étudiant l’impact des pesticides sur le monde vivant, du sol aux rivières, des plantes aux animaux, et jusqu’à nos cellules et notre ADN, ce livre constitue l’exposition limpide, abordable par tous, d’une vision écologique du monde.» (Quatrième de couverture; éditions Wildproject, 2009)

2. Le défi écologique de Michel Jurdant

Defi ecologistePremier livre québécois qui j’ai lu sur le sujet et qui m’a profondément marqué, le Défi écologiste de Michel Jurdant a longtemps été reconnu comme la bible écologique d’ici. «D’origine belge, Michel Jurdant était considéré comme l’un des penseurs les plus articulés du mouvement écologiste au Québec. D’abord ingénieur forestier, il poursuivit des études en écologie à l’Université Laval et à l’Université Cornell. Il fut pendant plusieurs années chercheur à Environnement Canada, où il se signala par d’importants travaux sur les territoires du Lac-Saint-Jean et de la baie James. Au cours des dernières années de sa vie, il se consacra à l’enseignement et à la promotion d’un projet de société écologiste et pacifiste. […] Ce livre, qui est paru pour la première fois quelques jours après sa mort [en 1984], peut être considéré comme le testament d’un militant exemplaire.» (Quatrième de couverture; Boréal compact, 1988)

3. L’équilibre sacré de David Suzuki

Equilibre sacreCe livre essentiel dont le sous-titre nous invite à «redécouvrir [notre] place dans la nature» allie souci écologique et spiritualité avec maestria, comme seul sait le faire ce scientifique au cœur sensible. «Quels sont les véritables besoins que nous devons satisfaire pour vivre une vie pleine? Voilà la question que se pose David Suzuki. Il commence par présenter l’être humain comme un enfant de la Terre qui dépend, pour sa survie, de l’air, de l’eau, du sol et de l’énergie du soleil. Il montre comment nous sommes génétiquement programmés pour cohabiter avec les autres créatures vivantes, et combien nous souffrons quand cette cohabitation ne se révèle pas harmonieuse. Il analyse ces profonds besoins spirituels, qui sont les fondements mêmes d’un monde gouverné par l’amour.» (Quatrième de couverture; Boréal, 2007)

4. La grâce originelle de Matthieu Fox

Ce livre m’a profondément touché et a marqué un tournant spirituel dans ma vie. Il propose une spiritualité de la création qui donne une place importante à la nature et à ses enseignements, entre autres choses. «La spiritualité traditionnelle fondée sur la chute et la rédemption n’apprend rien aux croyants sur la Nouvelle Création ou sur la créativité, sur la justice et les transformations sociales, ni sur l’Éros, le jeu, le plaisir et le Dieu de la Joie. Elle est impuissante à enseigner l’amour de la Terre ou l’intérêt pour le cosmos. La passion lui fait peur au point qu’elle demeure sourde aux appels pressants des humbles, incapable d’aider les amoureux à transformer leurs expériences en fête spirituelle et mystique. Enfin, cette tradition ne s’est guère ouverte aux artistes, aux prophètes, aux Amérindiens ou aux femmes.» (Quatrième de couverture; Bellarmin/Desclée de Brouwer, 1995)

5. La terre en devenir de Léonardo Boff

Le célèbre théologien de la libération apporte ici une réflexion des plus pertinentes sur notre rapport à la Terre. «Avec La Terre en devenir, l’avocat des peuples opprimés continue de plaider pour la justice sociale, exigence du Royaume annoncé par Jésus. Prenant en compte le « changement de paradigme » qui, partout sur la planète, bouleverse les consciences, il va encore plus loin : en rupture avec le rationalisme militant qui fut le sien, il associe à la libération des pauvres celle de la Terre-Mère agonisante et celle, tout aussi primordiale, des profondeurs de l’âme humaine.

«Le théologien se fait alors prophète. Il annonce l’avènement d’une « écologie spirituelle » fondée sur l’Évangile et lance un vibrant appel pour la préservation des mille richesses religieuses et symboliques des peuples traditionnels. Fort du sens de l’analyse qu’on lui connaît, mais avec une ferveur nouvelle, il montre pourquoi la crise planétaire ne se résoudra que par une réhabilitation de la mystique.» (Quatrième de couverture; Albin Michel, 1994)

6. The Dream of the Earth de Thomas Berry (pas encore traduit en français)

«Ce livre, publié la première fois par le Sierra Club Books en 1988, est devenu une référence fondamentale et un classique du mouvement écologique. Dans cet ouvrage, l’auteur, historien culturel de renom, propose rien de moins qu’un nouveau cadre éthique et intellectuel pour la communauté humaine en posant le bien-être de la planète comme étalon de mesure pour évaluer l’activité humaine.

«Puisant à même la sagesse de la philosophie occidentale, de la pensée asiatique et les traditions autochtones, aussi bien que dans la physique contemporaine et la biologie de l’évolution, Berry nous offre une nouvelle perspective qui redéfinit notre compréhension de la science, de la technologie, de la politique, de la religion, de l’écologie et de l’éducation. Il nous montre pourquoi il nous importe de répondre aux besoins de la Terre pour assurer un renouveau planétaire et ce que nous devons faire pour nous libérer de la « transe technologique » qui nourrit une vision erronée du progrès. Alors seulement, suggère-t-il, pourrons-nous favoriser des relations mutuelles entre Terre et humains qui pourront guérir le traumatisme que subit notre biosystème planétaire.» (Quatrième de couverture, traduction libre; Sierra Club Books, 1988; réédition 2008)

7. Walden d’Henry David Thoreau

Le philosophe, naturaliste et poète américain du 19e siècle, Henry David Thoreau est surtout connu ici pour son livre La désobéissance civile (1849), qui a inspiré les actions de Martin Luther King et Gandhi contre la ségrégation. Mais son œuvre majeure demeure Walden ou la Vie dans les bois, publié en 1854, «une réflexion sur l’économie, la nature et la vie simple menée à l’écart de la société, écrite lors d’une retraite dans une cabane qu’il s’était construite au bord d’un lac» (Wikipédia). «La pensée étonnamment moderne de Thoreau, concernant la résistance vitale de l’individu aux empiètements de la société et la nécessité de garder le contact avec la nature, mérite d’être portée à la connaissance du public francophone avec une traduction qui rende justice à la qualité et à la densité du texte de Walden.» À juste titre, «Thoreau se donne beaucoup de mal pour nous rappeler la nature de la nature, la grâce inhérente au paysage.» (commentaires de Michel Granger et de Jim Harrison, quatrième de couverture; Le mot et le reste, 2010) J’aime régulièrement me souvenir de cette merveilleuse citation de Thoreau, qui guide mes pas : «Si je ne suis pas moi-même, qui le sera?»

8. La nature de Ralph Waldo Emerson

«Ralph Waldo Emerson (1803-1882) n’est pas seulement le « philosophe de l’optimisme » du 19e siècle. Il est aussi le défenseur inspiré du sentiment de la nature. [Son essai] La confiance en soi donna à l’Amérique une nouvelle identité culturelle. Sa vision de l’homme et de la nature est encore aujourd’hui d’une étonnante modernité.» (La confiance en soi et autres essais, Payot, 2018) L’essai La nature de ce philosophe, essayiste et poète américain est considérée comme une œuvre phare, «la première œuvre à poser les fondements de ce nouveau regard sur les Amériques et son environnement sauvage et naturel». (Wikipédia)

9. La guérison du monde de Frédéric Lenoir

La lecture de ce livre m’a soulevé. Et les paragraphes du texte de ma copie sont presque tous soulignés! C’est dire combien cet ouvrage a pu faire vibrer en profondeur ma sensibilité. Recommandation expresse!

«L’homme est-il seulement un homo economicus ? Notre monde est malade, mais la crise économique actuelle, qui polarise toutes les attentions, n’est qu’un symptôme de déséquilibres beaucoup plus profonds. La crise que nous traversons est systémique : elle touche tous les secteurs de la vie humaine. Elle est liée à des bouleversements de nos modes de vie sans doute aussi importants que le tournant du néolithique, lorsque l’être humain a cessé d’être nomade pour devenir sédentaire.

«Il existe pourtant des voies de guérison. En m’appuyant sur des expériences concrètes, je montre l’existence d’une autre logique que celle, quantitative et mercantile, qui conduit notre monde à la catastrophe : une logique qualitative qui privilégie le respect de la Terre et des personnes au rendement ; la qualité d’être au « toujours plus ». Je plaide aussi pour une redécouverte éclairée des grandes valeurs universelles – la vérité, la justice, le respect, la liberté, l’amour, la beauté – afin d’éviter que l’homme moderne mû par l’ivresse de la démesure, mais aussi par la peur et la convoitise, ne signe sa propre fin.» (Quatrième de couverture; Fayard, 2012)

10. Soigner l’esprit, guérir la Terre : introduction à l’écopsychologie de Michel Maxime Egger

J’ai souvent affirmé, selon ma propre réflexion, que l’état dans lequel se trouve notre planète était un reflet assez fidèle de l’état de notre esprit individuel et collectif. Ce livre illustre avec force ce propos et propose des chemins vers la guérison individuelle et planétaire. Une lecture fort stimulante.

«Pour la première fois dans l’édition francophone, cet ouvrage fait découvrir un mouvement important et quasi inconnu en Europe continentale : l’écopsychologie. Cristallisée dans les années 1990 en Californie et développée depuis lors essentiellement dans le monde anglo-saxon, l’écopsychologie estime que l’écologie et la psychologie ont besoin l’une de l’autre. Pour ses promoteurs, l’aliénation de l’humanité par rapport à son habitat naturel ne serait pas étrangère aux formes d’addiction à la consommation et aux techniques de masse. Pour s’en préserver, ils inventent l’idée féconde d’inconscient écologique à partir de laquelle se profilent des thérapies prometteuses sollicitant l’immersion dans la nature sauvage ou la sollicitation des animaux. Un champ d’intervention important est l’éducation qui doit permettre à l’enfant de se construire une identité personnelle en interrelation non seulement avec la culture et les autres humains, mais avec la nature et le monde du vivant en général.» (Site Web des éditions Labor et Fides, 2015)

11. Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi

Sobriete heureuseAgriculteur, écrivain et penseur français, Pierre Rabhi est l’auteur d’une œuvre importante et inspirante. Ses choix de vie marqués et engagés en faveur d’une société profondément humaine et ancrée à sa source, la nature dont elle est issue et tributaire, en font un homme d’une grande sagesse pour notre monde actuel.

«Seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé « mondialisation ». Ainsi, pourrons-nous remettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, et redonner enfin au monde légèreté et saveur.» (Quatrième de couverture; Babel, 2010.

12. La vie secrète des arbres : découvertes d’un monde caché de Peter Wohlleben

Vie secrete des arbresMon amour des arbres, à la lecture de ce livre, n’a pu que s’amplifier! Les arbres respirent, communiquent et s’entraident… et forment des communautés.

«Il y a un Wood Wide Web comme il y a un World Wide Web ! Par leurs racines, mais aussi par leurs feuilles et par le pollen qu’ils émettent, bouleaux, épinettes, sapins, érables, pins ou trembles communiquent entre eux. C’est du moins l’une des étonnantes constatations du garde forestier Peter Wohlleben, dont le livre sensible et plein d’intuition nous révèle un monde bien caché. Étant donné que l’évolution nous a très tôt coupés du monde végétal, il nous est aujourd’hui plus difficile de comprendre les plantes que les animaux. L’auteur nous invite à renouer avec nos forêts anciennes où pullule une vie très mal connue. Il nous apprend que les arbres possèdent un sens du goût, s’entraident, respirent, réussissent à vivre des centaines, voire des milliers d’années… La vie secrète des arbres change notre façon de voir les forêts. « On ne peut plus les abattre sans réfléchir et ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l’assaut des sous-bois », soutient Peter Wohlleben.» (Quatrième de couverture; Multimondes, 2017)

13. Demain le Québec : des initiatives inspirantes pour un monde plus vert et plus juste de Diego Creimer et alii.

Demain QuebecAprès le succès du film documentaire, voici le livre, adapté spécifiquement au Québec.

«L’environnement se détériore à un tel rythme que certains chercheurs annoncent même la fin possible de l’humanité. Devant ce scénario apocalyptique, de plus en plus de gens refusent de baisser les bras et choisissent plutôt l’engagement. Aux quatre coins de la planète, des citoyens inventent un autre monde, plus respectueux de la nature et des humains. Inspirés du film Demain, le documentaire maintes fois primé des Français Cyril Dion et Mélanie Laurent, les auteurs de ce livre, tous rattachés à la Fondation David Suzuki, sont allés à la rencontre de ceux et celles qui préparent le Québec de demain. De Montréal à Mingan, de Trois-Rivières à Trois-Pistoles, des Québécois contribuent à créer un monde plus juste, plus vert et plus démocratique. Ils œuvrent dans tous les domaines, que ce soit dans les transports, l’énergie, les déchets, le bâtiment, l’agriculture et l’alimentation, la finance, le développement des régions ou l’innovation sociale. Leurs projets peuvent inspirer le monde entier. Tous portent en eux un élan de transformation et un potentiel de contagion qui transcendent leur environnement immédiat. Ce livre présente un échantillon des nombreuses initiatives de transformation écologique, technologique et sociale qui sont en cours au Québec. C’est un pied de nez à l’impossible, une déclaration de guerre à la fatalité et au conformisme.» (Quatrième de couverture; La Presse, 2018)

14. Comment la nature soigne notre cerveau d’Eva Selhub et Alan Logan

Comment la nature soigne«Augmentation de l’énergie physique et mentale, régulation des émotions, lutte contre la dépression, renforcement du système immunitaire, diminution de l’hyperactivité et des troubles de l’attention chez les enfants : les bénéfices extraordinaires de la nature sur la santé ne sont plus à prouver.

«Conçu pour fonctionner dans la nature, troublé par notre mode de vie sédentaire, notre cerveau est aujourd’hui désorienté par nos vies déconnectées de l’environnement. Heureusement nous pouvons nous soigner en nous promenant simplement en forêt, au contact des animaux de compagnie ou en faisant du jardinage.

«Diverses thérapies de la nature existent : sylvothérapie, ortithérapie, écothérapie, luminothérapie, équithérapie, nutri-écopsychologie… À vous de trouver grâce à ce livre ce qui vous conviendra le mieux !» (Quatrième de couverture; Marabout, 2018)

15. Et bien d’autres… (sans oublier le livre Utopies réalistes présenté dans mon billet précédent; voir plus bas)

A

Et en surplus, quelques films documentaire majeurs aussi :

1. La Terre vue du cœur de Iolande Cadrin-Rossignol (2018)

Terre vue du coeur«Ce documentaire est un film d’amour : amour de la planète, amour de la beauté, amour des générations futures. Il traite de l’enjeu majeur de notre époque : celui de la préservation de la biodiversité pour assurer notre propre survie en tant qu’espèce. À partir de son contact familier avec la nature, il témoigne de nos liens d’interdépendance avec les arbres, les plantes, les insectes, les animaux, sans oublier les étoiles et les autres humains. Ainsi, guidé par Hubert Reeves, nous nous transportons des étoiles jusqu’au fond des mers, des ours polaires aux forêts amazoniennes ; des terres agricoles aux ruches d’abeilles urbaines. Pour élargir nos horizons, nous allons à la rencontre de personnes inspirantes qui ont une connaissance actuelle de ces liens d’interdépendance et qui posent des gestes magnifiques, ingénieux et généreux pour renverser la vapeur et valoriser la vie. Par ce voyage audacieux, nous arrivons à saisir notre propre rôle dans la grande histoire qui se joue.» (Site Facebook du film)

2. Demain : partout dans le monde, des solutions existent de Mélanie Laurent et Cyril Dion (2015)

Demain«Alors que l’humanité est menacée par l’effondrement des écosystèmes, Cyril, Mélanie, Alexandre, Laurent, Raphäel et Antoine, tous trentenaires, partent explorer le monde en quête de solutions capables de sauver leurs enfants et, à travers eux, la nouvelle génération. A partir des expériences les plus abouties dans tous les domaines (agriculture, énergie, habitat, économie, éducation, démocratie…), ils vont tenter de reconstituer le puzzle qui permettra de construire une autre histoire de l’avenir.» (Site Web du film Demain)

 

3. Chercher le courant de Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere (2010)

Chercher le courant«Si vous payer un compte d’électricité, vous devez voir ce film.»

«À l’été 2008, à un an du début d’un chantier hydroélectrique de 8 milliards de dollars prévu par Hydro-Québec, Alexis de Gheldere et Nicolas Boisclair décident de parcourir la rivière Romaine en canot avec deux environnementalistes… un « river trip » de 500 km qui les amènera de sa source au Labrador à son embouchure dans le Golfe du Saint-Laurent. Flanqués d’un poêle à bois innu, de deux panneaux solaires et d’une étude d’impact de 2500 pages, ils découvrent la rivière et ses affluents et les impacts prochains du projet hydroélectrique de Hydro-Québec. Kilomètre par kilomètre, ils ouvrent grands leurs yeux sur cet écosystème spectaculaire et encore sauvage. Durant cette expédition de 46 jours, ils archivent pour les générations futures les images d’un coin de pays d’une remarquable beauté. Cette aventure se déroule en parallèle à une autre quête impliquant à la fois Roy Dupuis et les deux aventuriers. Ensemble, ils partent explorer la manière de produire et de consommer de l’énergie dans le Québec du 21e siècle. Les questions suscitées par l’expédition les amènent à consulter des experts et des gens de terrain qui nous révèlent d’étonnantes surprises sur les énergies vertes et leur développement actuel au Québec, suggérant qu’il y a des occasions d’affaires importantes dans ce domaine, et ce pour des générations à venir. Les énergies vertes tiennent-elles la route ? Quel est le potentiel des énergies renouvelables au Québec ? Quelles surprises attendent nos comptes d’électricité dans un avenir proche? 48 ans après l’élection qui mènera à la nationalisation de l’électricité au Québec, sommes-nous toujours Maîtres chez nous ?» (Synopsis tiré du site Web du film)

4. Une vérité qui dérange d’Al Gore (2006)

Verite qui derange«L’humanité est assise sur une bombe à retardement. Les savants du monde entier s’accordent pour dire qu’il nous reste à peine dix ans pour éviter une catastrophe planétaire – un dérèglement majeur du système climatique qui entraînerait des perturbations météorologiques extrêmes, des inondations, de longues périodes de sécheresse, des vagues de chaleur meurtrières. Cette catastrophe d’une ampleur sans précédent, nous en serions les premiers responsables ; nous seuls pouvons encore l’éviter.

«Plutôt que de sonner le tocsin de l’apocalypse ou de céder à la délectation morose, Une vérité qui dérange a choisi d’illustrer et de relayer l’action et le combat passionné d’un homme, l’ancien Vice-président Al Gore, qui depuis cinq ans sillonne les États-Unis pour persuader ses concitoyens de l’urgente nécessité de réagir à cette crise.» (Synopsis du film)

 

Bonne découverte!

 

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Évocations

Vous êtes tous et toutes les bienvenus à l’exposition Évocations à laquelle je participe. Vous pourrez y voir une dizaine de mes tableaux.

Exposition Evocations carton Web

Croire à la guérison du monde, est-ce romantique?

L’année 2015 a été dévastatrice sur bien des plans : elle a illustré avec force que notre monde a besoin de guérison, de douceur, de compréhension, de réconciliation, et de miséricorde. L’année 2016 saura-t-elle déjouer cette force gravitationnelle qui entraîne notre monde vers sa perte? Doit-on continuer de lutter contre cette spirale descendante et lui opposer un mouvement ascendant, favorable à un « réenchantement du monde », probablement nécessaire à sa remise sur pied? Aussi, je vous soumets ici mon humble réflexion. J’ai fait mes études en littératures française et québécoise, il y a plus de deux décennies déjà. Croyez-le ou non, la littérature, d’apparence si « futile » pour notre société actuelle, continue de nourrir ma pensée et mon action aujourd’hui. J’apprécie plus que jamais le remarquable apport de ces années de fréquentation des « humanités » – comme on disait autrefois – dans ma vie, car elles m’ont fait comprendre – et continuent de le faire! – les différents courants de pensée qui ont sillonné et motivé nos sociétés occidentales au cours des siècles. Et aujourd’hui, nous n’en sommes pas quittes : nous sommes d’autant plus tributaires d’un courant de pensée qui nous faire voir le monde avec des lunettes bien spécifiques…

Le courant intellectuel des Lumières, au XVIIIe siècle, a fait basculer le monde. À ces siècles menés par les croyances et les superstitions s’opposait désormais le règne de la raison. Descartes en fut un des précurseurs et des défenseurs. À la nature, vile, il opposa la culture, détachée de sa source. À une vision mystique, il préféra une vision mécanique et fonctionnelle du réel. Les animaux perdirent leur « âme » et devinrent des machines bien huilées et réglées. L’homme, unique être animé et doué de pensée, s’érigeait maintenant seul devant la nature, inerte, matérielle, vide, devenue un bassin de ressources observables et exploitables. L’homme n’en fit plus partie, il s’élevait désormais au-dessus… L’imagination fit place à la rigueur.

On s’en rend bien compte, cette vision prévaut encore aujourd’hui. Elle est en fait le résultat d’une approche réductrice du monde, où n’existe que ce qui est palpable, tangible, quantifiable1. Et elle est à l’origine de bien des crises qui sévissent en ce monde : l’économisme, où l’argent et la rigueur budgétaire font foi de tout; le néolibéralisme, où la poursuite du profit règne; la technocratie, où le progrès est maître et roi; le matérialisme, où la nature n’est que ressources exploitables, oubliant que la Terre est un organisme vivant; la surconsommation, où n’ont de valeur que les biens matériels. Guerres, crises écologiques, changements climatiques, accroissement des inégalités, injustices sont devenus nombre de symptômes d’un grand cancer généralisé…

Aussi, comme l’affirme Frédéric Lenoir, dans son livre La guérison du monde (Fayard, 2012), « la vision mécaniste ne se contente pas de considérer toutes les réalités comme objectivables, qu’elles soient humaines ou non humaines, culturelles ou naturelles, abstraites ou concrètes. Elle affirme que cette entreprise d’objectivation, autrement dit de quantification, cette mise en équation est la seule voie permettant d’accéder aux significations de la réalité. René Descartes a fourni la méthode de l’objectivation mécaniste et a favorisé, entre autres, le développement des sciences. Mais cette méthode offre une vision philosophique bien réductrice du réel : l’univers devient un champ de forces et de mouvements relevant de la mécanique, et l’être humain se réduit à l’“individualisme utilitariste” des libéraux, à l’“homme unidimensionnel” de Herbert Marcuse, à l’homo economicus de Louis Dumont. Or la plupart des problèmes évoqués […] résultent d’une vision mécaniste du monde et de son application dans les différents champs de l’activité humaine. » (p. 240)

romantismeÀ l’époque des Lumières, déjà, une critique de cette vision étroite s’est peu à peu manifestée. Artistes, écrivains, peintres, musiciens et philosophes ont voulu réagir à cette tendance à réduire la vie à ses manifestations utilitaristes. Pour eux, l’imagination, la sensibilité, la poésie, l’interdépendance entre les humaines et la nature, l’équilibre, l’expérience intérieure, la spiritualité font partie de l’expérience humaine et de sa réalité… « C’est face à cette logique mécanique et en opposition avec elle que va naître en Occident, à la fin du XVIIIe siècle, un vaste courant philosophique et artistique visant à renouer avec la conception organique du monde : le romantisme. […] Loin de se réduire à un courant poétique ou à une forme d’expression littéraire, le romantisme constitue une authentique vision du monde. Multidimensionnel, l’impératif romantique est une contestation en règle de la conception matérialiste, mécaniste et désenchantée qui prévaut dans la civilisation moderne occidentale. Face aux tenants du mécanisme qui privilégient l’approche rationnelle et cartésienne d’une nature objectivable, il s’inspire des courants […] évoqués pour leur opposer la vision d’une nature vivante, c’est-à-dire organique. Les romantiques montrent que la vision mécaniste affecte l’ensemble de l’existence humaine, et sont convaincus qu’elle est l’expression d’une logique de mort. » (p. 243)

Lenoir cite ensuite le sociologue Michael Löwy, soulignant que « le principal trait de la civilisation industrielle rejetée par le romantisme est la quantification de la vie, la domination totale des critères quantitatifs, des calculs en pertes et en profits […], sur le tissu de la vie sociale. Pour les romantiques, la modernité bourgeoise se caractérise par la toute-puissance de la valeur d’échange, par la réification généralisée des rapports sociaux et par le déclin correspondant des valeurs qualitatives (sociales, religieuses, éthiques, culturelles ou esthétiques), la dissolution des liens humains qualitatifs. Si le capitalisme traduit, selon la célèbre définition de Max Weber, le désenchantement du monde, l’alternative romantique constitue une tentative désespérée de ré-enchantement du monde. » (p. 244)

« La poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie. »
– Novalis

Enfin, Lenoir poursuit en nous aidant à comprendre pourquoi les romantiques accordent autant d’importance à la poésie, en citant Novalis d’abord – « La poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie » – et en ajoutant : « La “poésie” des romantiques réside donc moins dans l’illustration d’un genre littéraire que dans une attitude, une conception de la vie, de la mort, de l’amitié, de l’homme et de la nature. La poésie est ce qui permet au monde et à l’existence d’être organiques et non plus mécaniques, vivants et non plus morts, subtils et non plus grossiers, spirituels et non plus lestés du poids de la matière. En ce sens, la sensibilité poétique contribue au réenchantement d’un monde désormais privé de ses charmes et de son aura par une modernité marchande. » (p. 245) Le romantisme « fera écho à la Présence divine (Shekina) dans le judaïsme, à la grâce et aux énergies divines dans le christianisme, au monde imaginal (‘alam al-mithal) des spirituels de l’islam » (p. 246). Il aura des répercussions en Europe, principalement chez les Allemands Schelling, Schlegel, Novalis et Ritter. Et du côté de l’Amérique du Nord chez les Henry David Thoreau, Ralph Waldo Émerson et Walt Whitman.

Lenoir, enfin, constate qu’aujourd’hui, « le courant romantique n’a pas atteint son objectif de “réenchanter” le monde. La vision mécaniste et la logique productiviste du capitalisme l’ont emporté » (p. 249). Mais, pour lui, « la vision organique qui prévaut dans toutes les sagesses du monde, qui est proposée en Occident par les philosophes grecs et remise en valeur par les humanistes de la Renaissance et les romantiques du XIXe siècle, [lui] semble la juste voie » pour favoriser la guérison du monde actuel – et la nôtre personnellement –, éminemment nécessaires.

Aussi, en cette aube de l’année 2016, j’ose émettre des vœux de guérison, de santé planétaire, de paix mondiale et de réconciliation à notre monde en peine. De plus, je nous souhaite à tous et toutes de renouer avec la « poésie » des jours, avec le « réenchantement » de nos sociétés, avec le romantisme nécessaire pour donner de l’élan à notre quotidien et à nos luttes pour plus de vie. Les romantiques n’ont pas dit leur dernier mot. Chrétiens et chrétiennes en sont d’ailleurs, car l’Esprit de Dieu n’est pas étranger à ce mouvement de refondation nécessaire pour bâtir un monde qui mettra en œuvre les aspirations de fraternité, d’égalité et de justice et le royaume que Dieu espère tant. Aussi, une bonne année débordante de « romantisme » à tous et toutes. Et puisse la littérature continuer de nous inspirer… 😉

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  1. En effet, pour les tenants du mécanisme et du réductionnisme, « le vivant se résume à un assemblage de gènes, la conscience à un assemblage de neurones, la matière à un assemblage de particules, la spiritualité à un assemblage de croyances et de codes. Le tout est réduit à la simple addition de ses parties. Or cette vision mécaniste du monde ne peut exprimer la totalité ni la complexité du réel » (Frédéric Lenoir, La guérison du monde, Paris, Fayard, 2012, p. 240-241).

 

J’ai mal à la Terre

On entend parfois dire que les fleuves et rivières sont comme les artères ou veines de la Terre. Ou que les forêts en sont les poumons. J’avoue apprécier cette vision qui nous fait voir notre planète comme un superorganisme ayant sa vie propre plutôt que comme une boule de matière inerte suspendue dans le vide. Cette vision intuitive a le mérite de nous faire prendre conscience que la terre nous porte et nous nourrit, que nous en sommes partie intégrante et que, sans elle, nous ne pourrions même exister. Elle est notre mère, disent les Autochtones.

À défaut de souscrire à cette vision globale, il est alors tentant de considérer la terre comme un unique bassin de ressources matérielles, qu’on continue à tort de présenter comme inépuisables : soutirons-en le pétrole, le bois, l’eau, les métaux sans nous soucier des conséquences!! Pourtant, nous le savons, ces ressources ont des limites. Cela dit, impossible de promouvoir une croissance économique sans fin sans faire preuve d’angélisme : tôt ou tard, nous atteindrons le fond du baril…

Disque Gilles VigneaultAlors, comment rester indifférents aux tentatives acharnées des pétrolières ou gazières d’extraire le pétrole et les gaz de schiste du fleuve et de nos terres? Et à celles des gouvernements de vouloir brader nos ressources pour atteindre des objectifs économiques à courte vue et permettre à d’aucuns de s’enrichir, sans considérer les conséquences à long terme de ces ponctions sur l’environnement et la qualité de vie de tous? Comment s’assurer que ces décisions n’ont pas d’impacts négatifs sur la vie de nos enfants, et des sept générations à venir, s’interrogeraient les grands sages autochtones? Comment ne pas attenter ainsi à notre propre vie en menaçant les organes vitaux de cette Mère qui nous fait vivre? De cette «&nsbp;création&nsbp;» toujours en travail?

Il me prend alors l’envie de chanter, comme le clame Gilles Vigneault dans cette chanson créée en 1996, bien d’actualité encore…

J’ai mal à la terre
Mal aux océans
Mal à mes artères
Aux poissons dedans
Mon ventre n’est plus qu’un cratère géant
Géant, béant
J’ai mal à la terre

Le fond du pétrolier est sale
Il faudra nettoyer la cale
Et puis le capitaine est saoul
On s’en fout
Il ira vider sa poubelle
Au secret de la mer si belle
Et les dauphins qui sont dessous
Les sous, les sous
L’albatros en a plein les ailes

Mon règne animal m’interroge
On me détraque mes horloges
Je fais mes étés de travers
Dans l’hiver
Et pour grossir quelques fortunes
On vend le sable de la dune
On vend le sel, on vend le fertile
Et l’eau et l’air
Avec les rayons de la lune.

[…]

La nature

J’ai reçu ce cadeau de mon frère Maxime, qui a voulu partager, sous l’élan de l’enthousiasme et sûr que j’y serais sensible, sa découverte avec moi. Il avait tout à fait raison, mon cher frangin : à mon avis, ce poème de Victor Hugo atteint au sublime.

Je ne peux m’empêcher d’être ému chaque fois que je le relis. Son thème me ravit et me bouleverse : la nature a besoin de grandeur, elle ne supporte pas la sujétion ni l’exploitation.

De ce poème, sentez la force, entendez la musique, goûtez la beauté. Lentement. Posément. Profondément. Le rythme des alexandrins, qui plus est, renforce sa teneur et en déploie toute la largesse.

Bref, voici un grand morceau de littérature que je vous offre, en toute affection, en ce temps de recommencements, au seuil de la nouvelle année, afin que nous nous rappelions que nous appartenons « à la vie, à la vie indignée ».

La terre est de granit, les ruisseaux sont de marbre;
C’est l’hiver; nous avons bien froid. Veux-tu, bon arbre,
Être dans mon foyer la bûche de Noël?
– Bois, je viens de la terre, et, feu, je monte au ciel.
Frappe, bon bûcheron. Père, aïeul, homme, femme,
Chauffez au feu vos mains, chauffez à Dieu votre âme.
Aimez, vivez. – Veux-tu, bon arbre, être timon
De charrue? – Oui, je veux creuser le noir limon,
Et tirer l’épi d’or de la terre profonde.
Quand le soc a passé, la plaine devient blonde,
La paix aux doux yeux sort du sillon entr’ouvert,
Et l’aube en pleurs sourit. – Veux-tu, bel arbre vert,
Arbre du hallier sombre où le chevreuil s’échappe,
De la maison de l’homme être le pilier? – Frappe.
Je puis porter les toits, ayant porté les nids.
Ta demeure est sacrée, homme, et je la bénis;
Là, dans l’ombre et l’amour, pensif, tu te recueilles;
Et le bruit des enfants ressemble au bruit des feuilles.
– Veux-tu, dis-moi, bon arbre, être mât de vaisseau?
– Frappe, bon charpentier. Je veux bien être oiseau.
Le navire est pour moi, dans l’immense mystère,
Ce qu’est pour vous la tombe; il m’arrache à la terre,
Et, frissonnant, m’emporte à travers l’infini.
J’irai voir ces grands cieux d’où l’hiver est banni,
Et dont plus d’un essaim me parle à son passage.
Pas plus que le tombeau n’épouvante le sage,
Le profond Océan, d’obscurité vêtu,
Ne m’épouvante point : oui, frappe. – Arbre, veux-tu
Être gibet? – Silence, homme! va-t’en, cognée!
J’appartiens à la vie, à la vie indignée!
Va-t’en, bourreau! va-t’en, juge! fuyez, démons!
Je suis l’arbre des bois, je suis l’arbre des monts;
Je porte les fruits mûrs, j’abrite les pervenches;
Laissez-moi ma racine et laissez-moi mes branches!
Arrière! hommes, tuez! ouvriers du trépas,
Soyez sanglants, mauvais, durs; mais ne venez pas,
Ne venez pas, traînant des cordes et des chaînes,
Vous chercher un complice au milieu des grands chênes!
Ne faites pas servir à vos crimes, vivants,
L’arbre mystérieux à qui parlent les vents!
Vos lois portent la nuit sur leurs ailes funèbres.
Je suis fils du soleil, soyez fils des ténèbres.
Allez-vous-en ! laissez l’arbre dans ses déserts.
À vos plaisirs, aux jeux, aux festins, aux concerts,
Accouplez l’échafaud et le supplice; faites.
Soit. Vivez et tuez. Tuez entre deux fêtes
Le malheureux, chargé de fautes et de maux;
Moi, je ne mêle pas de spectre à mes rameaux!

Victor Hugo
dans Les contemplations

Bonne année 2015!

Ghislain

Reeves, Suzuki et nous…

Entrevue exclusive avec les scientifiques Hubert Reeves et David Suzuki. Présentée au Jardin botanique de Montréal dans le cadre de l’exposition 1000 jours pour la planète.

http://vimeo.com/109644727