La quête

« Qui suis-je? Où vais-je? Dans quel état j’erre » Ce jeu de mot avec « étagère » était une blague de jeunesse que je lançais parfois à mes amis. D’une certaine façon, ce calembour témoignait chez moi d’un intérêt pour les questions « existentielles » ou la quête d’un sens à ma vie. Par la suite, j’ai eu souvent l’occasion, lors de certaines remises en question quant à mes choix de vie, de m’y attarder plus profondément. Qu’est-ce que la vie attendait de moi?

Plus tard, avec mes lectures sur l’origine du cosmos ou le sens de l’univers, est apparue cette nouvelle question importante pour moi, soulevée par Leibniz : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? » Bref, pourquoi existons-nous? Cette question sans véritable réponse exprime en quelque sorte la quête de sens et de vérité des philosophes, des scientifiques, des théologiens dont je suis un peu… Ces questions nous appellent à la quête d’un sens.

Il y a quelque temps, un ami a vécu une rupture de son couple. Cette crise a généré chez lui un questionnement profond sur la manière dont il menait sa vie. Souvent à l’occasion d’une séparation, d’un départ, d’une maladie, d’un deuil, nous vivons un bouleversement important, une remise en question de nos valeurs, de nos certitudes, de nos repères… Et avec le temps, avec le recul, on se reconstruit peu à peu, la vie prend un nouveau sens, nous misons davantage sur ce qui compte vraiment pour nous. « Je suis artiste, pourquoi remettre à plus tard mon goût de peindre. – J’aime voyager, pourquoi attendre à ma retraite? – Je veux passer du temps avec mes enfants, pourquoi ne pas travailler à temps partiel? » On en sort grandi. Nous passons du « sommeil » au « réveil »! Ce cycle de morts et de renaissances à nous-même invite à la quête du réel sens de nos vies, à l’essentiel. Le mot « sens » n’est-il pas inclus dans le mot « essentiel »? Ce qui donne du sens permet ce retour à l’essence.

ImageDans la littérature, un personnage majeur représente cette quête de sens, semée d’embûches. Don Quichotte était un chevalier un peu fou, mais n’y a-t-il pas quelque folie à vouloir redonner du sens à nos vies? Cela ne va-t-il pas à l’encontre des valeurs dominantes de notre société axée sur le profit? Jacques Bref a incarné, en 1965, ce personnage dans la comédie musicale L’Homme de la Mancha de Mitch Leigh (musique) et Joe Darion (paroles) qu’il a lui-même adaptée en français. Il y interprète une chanson très connue, qu’on lui attribue faussement même si elle lui colle à merveille, qui célèbre nos cheminements, nos désirs d’idéal et de sens. Elle porte toutes nos questions et nos quêtes – mots qui proviennent des mêmes racines! Voici donc La quête. Puisse-t-elle vous mener à l’essentiel…

A

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part

Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D’atteindre l’inaccessible étoile

Telle est ma quête,
Suivre l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l’or d’un mot d’amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s’éclabousseraient de bleu
Parce qu’un malheureux

Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s’en écarteler
Pour atteindre l’inaccessible étoile

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