Petite leçon d’humilité

Selon plusieurs chercheurs, nous sommes actuellement en pleine sixième extinction. À cause de son incroyable voracité, l’homo sapiens, c’est-à-dire nous, qui a fait son apparition il y a environ 200 000 ans, ravage 50 000 espèces (végétaux et animaux) par année. On parle de plus en plus « d’hécatombe d’origine anthropique de la biodiversité planétaire ». L’homo sapiens lui-même sera probablement parmi les prochains à disparaître par sa propre faute s’il continue à ce rythme. L’être humain aura donc vécu 200 000 ans au total. Et si on voulait tenir compte des hominidés, un peu par mauvaise foi, on pourrait « étirer » son existence jusqu’à 7 millions d’années à peine.

Aussi, si une quelconque forme d’intelligence extraterrestre venait à étudier l’histoire de la Terre, elle ne pourrait même pas affirmer que l’être humain, petite espèce anodine, aura été parmi les hôtes principaux de cette planète. Les dinosaures auront vécu 175 millions d’années. Ils auront fait vraiment mieux que nous…

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J’ai mal à la Terre

On entend parfois dire que les fleuves et rivières sont comme les artères ou veines de la Terre. Ou que les forêts en sont les poumons. J’avoue apprécier cette vision qui nous fait voir notre planète comme un superorganisme ayant sa vie propre plutôt que comme une boule de matière inerte suspendue dans le vide. Cette vision intuitive a le mérite de nous faire prendre conscience que la terre nous porte et nous nourrit, que nous en sommes partie intégrante et que, sans elle, nous ne pourrions même exister. Elle est notre mère, disent les Autochtones.

À défaut de souscrire à cette vision globale, il est alors tentant de considérer la terre comme un unique bassin de ressources matérielles, qu’on continue à tort de présenter comme inépuisables : soutirons-en le pétrole, le bois, l’eau, les métaux sans nous soucier des conséquences!! Pourtant, nous le savons, ces ressources ont des limites. Cela dit, impossible de promouvoir une croissance économique sans fin sans faire preuve d’angélisme : tôt ou tard, nous atteindrons le fond du baril…

Disque Gilles VigneaultAlors, comment rester indifférents aux tentatives acharnées des pétrolières ou gazières d’extraire le pétrole et les gaz de schiste du fleuve et de nos terres? Et à celles des gouvernements de vouloir brader nos ressources pour atteindre des objectifs économiques à courte vue et permettre à d’aucuns de s’enrichir, sans considérer les conséquences à long terme de ces ponctions sur l’environnement et la qualité de vie de tous? Comment s’assurer que ces décisions n’ont pas d’impacts négatifs sur la vie de nos enfants, et des sept générations à venir, s’interrogeraient les grands sages autochtones? Comment ne pas attenter ainsi à notre propre vie en menaçant les organes vitaux de cette Mère qui nous fait vivre? De cette «&nsbp;création&nsbp;» toujours en travail?

Il me prend alors l’envie de chanter, comme le clame Gilles Vigneault dans cette chanson créée en 1996, bien d’actualité encore…

J’ai mal à la terre
Mal aux océans
Mal à mes artères
Aux poissons dedans
Mon ventre n’est plus qu’un cratère géant
Géant, béant
J’ai mal à la terre

Le fond du pétrolier est sale
Il faudra nettoyer la cale
Et puis le capitaine est saoul
On s’en fout
Il ira vider sa poubelle
Au secret de la mer si belle
Et les dauphins qui sont dessous
Les sous, les sous
L’albatros en a plein les ailes

Mon règne animal m’interroge
On me détraque mes horloges
Je fais mes étés de travers
Dans l’hiver
Et pour grossir quelques fortunes
On vend le sable de la dune
On vend le sel, on vend le fertile
Et l’eau et l’air
Avec les rayons de la lune.

[…]

Le transit de Vénus du 5 au 6 juin 2012 : magnifique!

Que c’est beau!

Le transit de Vénus

« Sur une période de 6 heures du 5 au 6 juin 2012, le Solar Dynamics Observatory (SDO) de la Nasa a recueilli des images de différentes longueurs d’onde de l’événement solaire le plus rare que l’on peut prévoir : le passage de Vénus devant le Soleil. Ces transits arrivent par paire, dont l’intervalle est de 8 ans, et ce double transit est lui-même séparé du prochain par 105 ou 121 ans. Le dernier transit a eu lieu en 2004 et le prochain n’arrivera pas avant 2117. » (Nasa)

Traduction de Ghislain B.

Le site Langues de feu

Vous êtes curieux, sensible à la beauté, à la spiritualité, à la nature, aux réflexions profondes, aux idées nouvelles?

Je vous invite à visiter mon autre site : www.languesdefeu.org, une initiative qui existe depuis plus de 10 ans. J’y invite mes lecteurs et lectrices à exprimer leur voix, à chercher du sens, à créer du neuf et à vivre avec art et beauté…

Langues de feu exprime avec passion une vision globale de l’art et de la vie. Y convergent de manière holistique plusieurs champs d’intérêt : écologie, spiritualité, philosophie, art et science. Avant d’être un blogue, LDF a été une revue gratuite publiée chaque trimestre pendant 9 ans (de 2002 à 2011).

Ton unique, sauvage et précieuse vie

J’aime beaucoup ce poème de Mary Oliver. Cette grande poétesse américaine, née en 1935, fait preuve d’une belle sensibilité pour la nature et tous les êtres vivants. Dans ce poème, elle célèbre la vie.

Ton unique, sauvage et précieuse vie

Qui a fait le monde?
Qui a fait le cygne et l’ours noir?
Qui a fait la sauterelle?
Je veux dire cette sauterelle-ci −
celle qui a bondi hors de l’herbe,
celle qui mange du sucre au creux de ma main,
qui bouge ses mandibules de gauche à droite, plutôt que de haut en bas −
qui regarde autour d’elle avec ses énormes yeux compliqués.
La voilà qui lève ses pâles avant-bras et se nettoie soigneusement la tête.
La voilà qui déploie ses ailes, et s’envole au loin.
Je ne sais pas exactement ce qu’est une prière.
Mais je sais comment prêter attention, comment tomber
dans l’herbe, comment m’agenouiller dans l’herbe,
comment flâner et être comblée, comment errer à travers champs,
ce que j’ai fait tout au long de la journée.
Dis-moi, qu’aurais-je dû faire d’autre?
Tout ne finit-il pas par mourir, trop rapidement?
Dis-moi, qu’entends-tu faire
de ton unique, sauvage et précieuse vie?

Mary Oliver, La journée d’été
dans
Jon Kabat-Zinn, L’éveil des sens. Vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience, Les Arènes/Pocket Évolution, 2009, p. 165.

La terre sous nos pieds

L’amérindien Taganta Mani (1871-1967), ou Walking Buffalo, fréquenta, à l’époque, l’école des Blancs sans pourtant jamais abandonné l’« école de la nature ». Il allait devenir un grand messager de paix pour le gouvernement canadien. Âgé de 87 ans, alors qu’il était à Londres, il dit à l’occasion d’un de ses discours :

Les collines sont toujours plus belles que les constructions de pierre. On mène à la ville une existence artificielle. La plupart des gens ne sentent jamais la terre sous leurs pieds, ne voient pas pousser les plantes autrement qu’en pots, et leurs regards ne se portent pas au-delà des lumières de la ville, pour saisir le charme d’un ciel de nuit parsemé d’étoiles. Quand on vit à l’écart des accomplissements du Grand Esprit, on oublie vite ses lois.

Cette affirmation de Walking Buffalo me touche beaucoup. Elle cristallise ma pensée et exprime mon désir de vivre plus près de la nature et de la campagne. J’en discutais justement hier avec un ami, assis que nous étions sur une colline verdoyante près des plaines d’Abraham, avec une vue imprenable sur le fleuve et l’île d’Orléans. Nous voulions fuir le béton, la fièvre de la ville et profiter du beau temps dans le calme. La sensation d’être plus près de la terre nous a procuré un grand bien-être… même si nous étions encore en pleine ville de Québec, tout de même assez verte, il faut dire.

Au fil de la discussion, nous avons parlé de nos rêves. Pour ma part, celui de créer, un jour, dans un lieu inspirant, près de la nature… En communion avec mon être essentiel et la vie dans sa plénitude.

Et pour vous, cela crée-t-il un manque de « vivre à l’écart des accomplissements du Grand Esprit »?

L’âme du monde

L’âme du monde, oui c’est bien ça, l’âme du monde

Je suis tout à la joie, tout entier à l’élan de bonheur pur qui monte. Car voici le tout dernier mandala que je viens de créer! Tout chaud encore. J’espère qu’il saura vous plaire.

Son titre s’est imposé dans les derniers instants du processus de création et il rend compte tout à fait de ce qui en a nourri l’inspiration et le travail. Il y a un peu de Platon, de Sheldrake, de Schelling, de Jean Proulx là-dessous…

L’âme du monde, qu’est-ce que cela évoque en vous?

L’âme du monde
Encre de Chine sur papier, 2011
14 po x 14 po (35,5 cm x 35,5 cm)
© Ghislain Bédard, 2011