Souvenirs livresques de Québec

Très stimulant pour moi de découvrir que Québec a déjà eu son atelier de reliure en plein cœur de la ville, sur la côte de la Montagne! Des temps révolus où ce métier avait encore ses lettres de noblesse. Un beau petit velours apporté par de vieilles photos pleines d’histoires. Le relieur en moi s’émerveille… et se sent fier de pouvoir préserver ce savoir qui se perd avec le temps.

ImagePhoto tirée de la page Facebook de Cap-aux-Diamants

À fleur de peau

Je suis relieur à mes heures. J’aime toucher les livres, et en prendre soin. Pendant 4 ans, j’ai été formé par un maître, Catherine Gaumert, à l’art de la reliure. Une expérience inoubliable pour moi, ô combien palpitante, qui m’a replongé dans mes jeunes années d’enfance où je passais des heures à bricoler. J’aimais alors jouer avec les papiers, les ciseaux, les colles, les fils pour inventer des marionnettes, des voiturettes, des collages artistiques, des objets inusités et réparer à ma façon des livres, des boîtes, des cartes à jouer abîmées, etc. En découvrant la reliure, j’ai senti que je retrouvais un peu l’esprit d’enfance, un élan naturel en moi, j’éprouvais le sentiment que je me tenais à ma place. Jouer avec les papiers, les ciseaux, les colles, les fils… pour construire de A à Z un livre tout neuf fait main, ou encore pour réparer un vieux bouquin qui a traversé les âges, a quelque chose pour moi de profondément grisant.

De même, le nom évocateur des nombreuses étapes qui guident la construction d’un livre constituaient pour moi autant d’appels à l’imaginaire et à la poésie : collationnement, débrochage, plaçure, cousure, endossure, arrondissure, passure en carton, couvrure, parure, etc. Et même sentiment pour chaque partie du livre : dos, nerfs, coiffe, plats, gouttière, mors, chants, tranchefile, gardes, etc.

Faire de la reliure me donne aussi souvent l’impression d’être le dépositaire d’un savoir précieux, quasi millénaire, issu des vieux pays, qui se perd avec le temps. C’est en quelque sorte un secret qu’il faut conserver jalousement, mais aussi faire valoir, pour ne pas oublier que ces véhicules de papier possèdent une âme, et qu’ils forment le réceptacle du savoir et de l’imaginaire de l’humanité.

C’est pourquoi je m’empresse de vous présenter cet excellent reportage d’une émission suisse intitulée Passe-moi les jumelles, qui donne un peu le pouls de ce qu’est un relieur, ce gardien des mots et des pages. Voici la description de ce  reportage intitulé « À fleur de peau ».  Passionnant!

« Il y a des histoires qui traversent les époques sans craindre le mouvement. Ainsi en est-il de l’atelier de Reliure et de Restauration du numéro 5 de la rue Ancienne à Carouge. Il y eut le maître, Michel Magnin, lui-même formé par d’autres maîtres à Lausanne, Zürich et Paris. Et puis il eut l’élève, Lucien Walker, qui comme dans un compagnonnage digne du Moyen Age, observa, apprit, imita puis développa sa propre technique. Aujourd’hui l’élève a repris l’atelier où le maître continue de travailler.

Des bibles du 16e aux albums de Bécassine, des cartes anciennes aux livres d’art, les deux artisans sauvent aujourd’hui des documents en  répétant  des gestes d’un autre temps. Entre le carillon de la place du marché et les innombrables passages de tram, c’est l’histoire de la transmission d’un savoir et d’une passion. »

Un reportage de Manuella Maury

Vous pouvez le visionner sans tarder en cliquant sur ce lien :

Reportage À fleur de peau

Ghislain

Des trésors de papier

Pour les amateurs de livres anciens, de livres rares et de manuscrits, lisez le très intéressant article Des trésors de papier au bout des doigts tiré du Devoir du 17 novembre 2012.

D’ailleurs, à propos de ces livres, j’ai moi-même un exemplaire de Robinson Crusoé, en français, qui date de 1845. On y trouve des centaines de gravures dont plusieurs sont recouvertes, vous savez, d’une délicate feuille de papier de soie pour les protéger, comme on faisait à l’époque.

Voici d’ailleurs une des jolies gravures du livre, que l’on découvre en soulevant le papier de soie :

Les livres des vertus

J’avais hâte de vous présenter la collection des 6 livres dont j’ai fait la conception et la reliure. Ces 6 petits livres carrés expriment des valeurs qui signifient beaucoup pour moi, et qui apportent lumière et apaisement à ma vie : Souffle, Espoir, Sagesse, Beauté, Confiance et Audace. Six voies pour mieux vivre son chemin…

Ces 6 livres blancs (sans texte), créés en 2009, possèdent les caractéristiques suivantes : quatorze cahiers de papier vergé Royal cousus à la main, gardes couleur de papier marbré fait main, reliure pleine toile de type emboîtage, exemplaire unique signé par l’artisan. Ils sont agrémentés d’un décor incrusté de papier dessiné à l’encre de Chine par moi. Leur dimension est de 13,5 cm x 13,5 cm. Ils sont en vente au prix de 60 $ chacun.

En voici les photos :

Une boîte mystère

À l’occasion de Noël et de l’An nouveau, je vous offre cette boîte colorée, originale et unique, que j’ai fabriquée avec amour et décorée de papier marbré fait à la main par une artiste du Québec. Un travail de relieur, fait avec art et lenteur…

Que contient-elle? Quel trésor cache-t-elle? Il n’en tient qu’à vous de l’ouvrir et d’en découvrir le mystère. Vous y trouverez ce que vous cherchez, ce que vous souhaitez le plus, ce dont vous rêvez depuis longtemps, ce qui vous anime au plus profond de vous-mêmes et ce à quoi vous appelle la vie. Vous seul en connaissez le contenu secret. Alors, osez ouvrir cette boîte à merveilles, en dévoiler la richesse, cette boîte qui est un peu à votre image…

Voilà mes souhaits et mon cadeau pour vous à l’occasion de Noël et de la Nouvelle Année.

Boîte mystère, 2009
Conçue par Ghislain Bédard
Carton et papier marbré fait main

Art & métiers du livre

Vous vous intéressez à la reliure? Ou encore aux métiers du livre tels que l’art de la typographie, de la gravure, de l’édition ou encore à l’écriture et aux écrivains? Peu de revues s’intéressent au livre dans toutes ses dimensions, de l’objet à son contenu. Mais une seule, une excellente revue aborde avec qualité et professionnalisme ce vaste sujet : la revue Art & métiers du livre, qui paraît six fois l’an. C’est une revue française, qui fait état du foisonnement d’artisans et d’amoureux du livre que contient la France, mais qui n’hésite pas aussi à présenter des artisans ou des spécialistes du livre qui déploient leur art ou leur passion hors de l’Hexagone.

Je me la procure sans faute tous les deux mois depuis 2000. Et je vous invite à découvrir cette revue qui déborde d’idées, qui fait état de cet héritage magnifique que sont les vieux livres et qui présente les tendances actuelles de l’art visuel associé à ces objets de l’imagination et de la connaissance que représentent les bouquins! Tout un voyage…

Dans l’avant-dernier numéro, que je vous présente plus bas, on trouve une excellente présentation d’une relieuse québécoise de grand talent : Louise Mauger, qui vit à Montmagny. À propos, connaissez-vous les maîtres-relieurs et les artisans du livre d’ici?

La peau de l’âme

La reliure est pour moi l’occasion de mettre à profit le pouvoir créateur des mains pour le mettre au service de l’objet d’art que peut être le livre. Une exposition de reliure, présentée il y a quelques années, utilisait les termes « âme des mots » pour désigner ce travail d’enveloppement et de sertissage matériel qui met en relief le contenu si précieux né des mots et de l’écriture.

Voici ma dernière création :

La peau de l’âme, 2007

Reliure française plein buffle bleu avec titre en relief, seize cahiers en papier vergé Royal cousus à la main, gardes couleur en papier marbré fait main.

Photos de Lucie Brousseau

La peau de l'âme 3