Lire autrement le monde

web-couv1J’ai toujours aimé jouer avec les mots. Je dirais même depuis tout petit, alors que j’émettais mes premiers babils. Puis, avec mes livres de contes, j’ai appris très tôt à décortiquer les syllabes, à décoder ces signes qui accusaient du sens. Les mâchouillant même, pour bien me les mettre en bouche! J’ai lu très jeune. Puis, je me suis pris d’affection pour les mots les plus bizarres : « Ornithorynque, pensum, égagropile… » Jouer avec les combinaisons de lettres et de sons et en découvrir tous les mystères cachés me fascinait…

Aussi, aujourd’hui, je me surprends encore parfois à émettre des sons désordonnés (je vis seul, heureusement!) et à former ainsi des semblants de mots qui me font sourire par leur sonorité ou leur prononciation fantaisistes. L’imaginaire abécédaire est né dans cette foulée. Mais sa spécificité réside dans le fait qu’il a surgi au milieu de la nuit, au détour d’une insomnie, et qu’il m’a surpris par son débit et sa surprenante cohérence : il s’est formé sans délai. Ma liste de 26 mots inutiles était terminée avant l’aube.

web-abluniser-2L’idée de créer une œuvre d’art où seraient inclus tous ces mots, dessinés sur de petits carrés de papier, a vite pris forme. Je me suis mis alors à griffonner, à laisser mon crayon s’étonner de toutes ces courbes et arabesques dans les mois qui ont suivi. Le défi : tenter de ne pas utiliser deux fois les mêmes images, défi que je suis fier d’avoir tenu, et transgressé aussi parfois. Ma création originale, comprenant tous ces dessins noir et blanc, loufoques, dont les lettres ont été dorées par la suite, est maintenant encadrée et suspendue sur le mur de mon salon…

web-brabulion-2L’enthousiasme d’un ami devant le résultat m’a porté à réfléchir. Comment faire vivre l’œuvre? J’ai décidé d’en faire un cahier à colorier original, que je vous prie maintenant de faire vôtre. L’art n’a-t-il pas pour fonction d’interpeller ceux qui s’attardent à le cueillir? Ces mots inventés sauront peut-être vous inciter à votre tour à imaginer votre propre univers. On sait qu’une langue et ses mots véhiculent une vision propre de la réalité. Aussi, est-ce peut-être ici le début d’un monde nouveau à bâtir, pétri de belles folies et de rêveries, si cher au songe-creux que je suis à mes heures.

L’imaginaire abécédaire est un agrégat unique, composé de 26 mots totalement inventés, un pour chaque lettre de l’alphabet, issus de l’imagination de l’illustrateur et auteur. Des mots tous plus étranges ou évocateurs les uns que les autres, habillés de dessins loufoques et fantaisistes. Des mots à découvrir pour le plaisir de rêver, que vous pouvez agrémenter, si vous voulez, des coloris qu’ils vous inspirent. Une aventure haute en couleur (mais en noir et blanc au départ!) pour donner des armes poétiques et ludiques à tout songe-creux lettré!

Auteur : Ghislain Bédard
Année de publication : 2016
Éditions : Carrément poétique
ISBN : 978-2-9815900-0-8

Prix à l’unité : 12 $.
En vente ici. Communiquez directement avec moi si vous êtes intéressé.

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Un chat a autographié un vieux manuscrit

Pattes de chatDepuis toujours, les chats s’affirment ! Indifférents, ils viennent s’asseoir devant l’écran de l’ordinateur, se prélasser sur le livre que nous sommes en train de lire, se placer juste devant notre champ de vision… Eh bien, cela n’a pas changé depuis des siècles. Un chercheur vient de découvrir un manuscrit du XVe siècle sur lequel un chat a laissé sa trace… M. Mistigri a toujours son mot à dire!

Voir l’article à ce sujet.

Une boule de neige… en plein été!

Voici une boule de neige de mon cru: « Ô le bel ogre poilu voyant crûment quelques sensibles amoureuses déchiqueter radicalement Jean-Philippe.» De quel exercice s’agit-il? Et qui fera mieux?

Pour vous donner un indice, voici une autre boule de neige, présentée autrement :

À
la
mer
nous
avons
trempé
crûment
quelques
gentilles
allemandes
stupidement
bouleversées.
(Jacques Bens)

En fait, la boule de neige est une contrainte littéraire inventée par l’Oulipo, qui consiste en l’écriture d’un poème dont le premier vers est composé d’une lettre, le deuxième de deux lettres, et ainsi de suite. La boule de neige fondante commence par un vers de n lettres, puis chaque vers diminue d’une lettre jusqu’à ce que l’on atteigne une lettre.

Mon poème du début atteint 13 lettres, 1 de plus que celui de Jacques Bens, un oulipien officiel! À vous de faire mieux!

Le village allait-il connaître une trêve?

Je vous offre ce petit bijou de conte − un texte d’un auteur que j’aime bien : Michel Tournier − que je me plais à relire chaque année, en cette période précédant les fêtes. Il me fait bien sourire chaque fois. Bonne lecture!

Le village de Pouldreuzic allait-il connaître une période de paix? Depuis des lustres, il était déchiré par l’opposition des cléricaux et des radicaux, de l’école libre des Frères et de la communale laïque, du curé et de l’instituteur. Les hostilités qui empruntaient les couleurs des saisons viraient à l’enluminure légendaire avec les fêtes de fin d’année. La messe de minuit avait lieu pour des raisons pratiques le 24 décembre à six heures du soir. À la même heure, l’instituteur, déguisé en Père Noël, distribuait des jouets aux élèves de l’école laïque. Ainsi le Père Noël devenait-il par ses soins un héros païen, radical et anticlérical, et le curé lui opposait le Petit Jésus de sa crèche vivante – célèbre dans tout le canton – comme on jette une ondée d’eau bénite à la face du Diable.

Oui, Pouldreuzic allait-il connaître une trêve? C’est que l’instituteur, ayant pris sa retraite, avait été remplacé par une institutrice étrangère au pays, et tout le monde l’observait pour savoir de quel bois elle était faite. Mme Oiselin, mère de deux enfants – dont un bébé de trois mois – était divorcée, ce qui paraissait un gage de fidélité laïque. Mais le parti clérical triompha dès le premier dimanche lorsqu’on vit la nouvelle maîtresse faire une entrée remarquée à l’église.

Les dés paraissaient jetés. Il n’y aurait plus d’arbre de Noël sacrilège à l’heure de la messe de « minuit », et le curé resterait seul maître du terrain. Aussi la surprise fut-elle grande quand Mme Oiselin annonça à ses écoliers que rien ne serait changé à la tradition, et que le Père Noël distribuerait ses cadeaux à l’heure habituelle. Quel jeu jouait-elle? Et qui allait tenir le rôle du Père Noël? Le facteur et le garde champêtre, auxquels tout le monde songeait en raison de leurs opinions socialistes, affirmaient n’être au courant de rien. L’étonnement fut à son comble quand on apprit que Mme Oiselin prêtait son bébé au curé pour faire le Petit Jésus de sa crèche vivante.

Au début tout alla bien. Le petit Oiselin dormait à poings fermés quand les fidèles défilèrent devant la crèche, les yeux affûtés par la curiosité. Le boeuf et l’âne – un vrai boeuf, un vrai âne – paraissaient attendris devant le bébé laïque si miraculeusement métamorphosé en Sauveur.

Malheureusement, il commença à s’agiter dès l’Évangile, et ses hurlements éclatèrent au moment où le curé montait en chaire. Jamais on n’avait entendu une voix de bébé aussi éclatante. En vain la fillette qui jouait la Vierge Marie le berça-t-elle contre sa maigre poitrine. Le marmot, rouge de colère, trépignant des bras et des jambes, faisait retentir les voûtes de l’église de ses cris
furieux, et le curé ne pouvait placer un mot.

Finalement, il appela l’un des enfants de choeur et lui glissa un ordre à l’oreille. Sans quitter son surplis, le jeune garçon sortit, et on entendit le bruit de ses galoches décroître au-dehors.

Quelques minutes plus tard, la moitié cléricale du village, tout entière réunie dans la nef, eut une vision inouïe qui s’inscrivit à tout jamais dans la légende dorée du Pays bigouden. On vit le Père Noël en personne faire irruption dans l’église. Il se dirigea à grands pas vers la crèche. Puis, il écarta sa grande barbe de coton blanc, il déboutonna sa houppelande rouge et tendit un sein généreux au Petit Jésus soudain apaisé.

Tiré de : Michel Tournier, Le Coq de bruyère, Paris, Gallimard, 1978, p. 29-31.

Une histoire de tout… ou presque

Je viens de terminer la lecture d’un livre complètement captivant. J’y ai passé des heures de plaisirs, la tête enfouie dans ses pages fouillées remplies d’anecdotes curieuses, de réflexions philosophiques, de découvertes scientifiques palpitantes et d’humour… Oui, d’humour! L’auteur y présente l’histoire des plus grandes découvertes scientifiques des derniers siècles avec une pointe d’ironie qui nous ravit, nous séduit. Rires garantis!

La cosmologie, l’astronomie, la géologie, l’histoire naturelle, la mécanique quantique, la zoologie, la préhistoire, etc. y passent. L’auteur, journaliste de renom, y relate une étonnante histoire de la vie sur terre, vieille de 4 milliards d’années, un grandiloquent récit du cosmos, vieux de 14 milliards d’années, une tout aussi bouleversante aventure de l’être humain moderne, vieux de 200 000 ans (sans compter l’histoire de nos ancêtres hominidés, vieux de plusieurs millions d’années!), à partir de la fine pointe des connaissances actuelles. Ou plutôt, devrais-je dire, de l’état de l’inconnaissance actuelle. Je m’explique : à la lecture de ce livre de haut voltige, mais tout simple d’approche, accessible, on découvre une chose : que l’étendue de nos connaissances est très limitée. Tout ce que l’on sait, c’est que l’on ne sait rien!

Bref, je vous garantis des heures d’étonnement, de plaisir, de découvertes fascinantes et d’explorations farfelues, à la lecture de ce livre hors du commun. Vous n’aimez pas les sciences? Vous vous découvrirez une passion folle pour cette histoire de tout… ou presque. Et peut-être les verrez-vous tout à fait différemment…

Bill Bryson, Une histoire de tout… ou presque, Paris, Payot, 2007, 650 p.  Ce livre a reçu aux États-Unis, en 2004, le prestigieux prix Aventis du meilleur livre de vulgarisation scientifique et, en 2005, le prix Descartes pour la communication scientifique, qui lui a été décerné par l’Union européenne.

Le goût de la vie

« Nos vies ne sont pas entre les mains des dieux,
mais entre les mains des cuisiniers. »

Lin Yutang

Le mur des lamentations

Une jeune journaliste de CNN avait entendu parler d’un très, très vieux Juif qui se rendait deux fois par jour prier au mur des lamentations depuis toujours.

Pensant tenir un sujet, elle se rend sur place et voit un très vieil homme marchant lentement vers le mur.

Après trois quarts d’heure de prière, alors qu’il s’éloigne lentement, appuyé sur sa canne, elle s’approche pour l’interviewer.

«Excusez-moi, monsieur, je suis Rebecca Smith de CNN. Quel est votre nom?

— Morris Fishbien, répondit-il.

— Depuis combien de temps venez-vous prier ici?

— Plus de 50 ans, reprit-il.

— 50 ans! C’est incroyable! Et pourquoi priez-vous?

— Je prie pour la paix entre les chrétiens, les juifs et les musulmans. Je prie pour la fin de toutes les guerres et de la haine. Je prie pour que nos enfants grandissent en sécurité et deviennent des adultes responsables, qui aiment leur prochain.

— Et que ressentez-vous après 50 ans de prières?

— J’ai l’impression de parler à un mur.»

Blague reçue par courriel. Auteur anonyme. Elle m’a bien fait sourire…


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