Les choses inutiles

J’habite à Limoilou dans le quartier de la ville de Québec qui a vu – et ça me touche! – naître l’écrivaine Marie-Claire Blais, évoluer l’artiste-peintre Alfred Pellan et grandir l’auteur-compositeur-interprète Sylvain Lelièvre. Ce que je vous dis là avec enthousiasme ne changera peut-être pas grand-chose à votre vie. Tous ces renseignements sont en fait bien futiles…

Autres choses inutiles : sourire à un passant, boire un bon vin, saluer les voisins, écouter de la musique, écrire un mot de remerciement, siffloter un refrain, apprendre des choses nouvelles, connaître les sept merveilles du monde, rire, prier, souper entre amis, etc. Toutes choses, à vrai dire, qui sont peu lucratives et productives et génèrent… d’affreuses pertes de temps! Pourtant, en 1998, le chanteur Sylvain Lelièvre passera aux aveux, et avec bonne humeur! Il lancera l’album Les choses inutiles, salué par la critique, dont je reprends des extraits de la chanson éponyme.

Les choses inutilesMoi j’aime les choses inutiles
Les bonheurs tranquilles
Qui ne coûtent rien
Les couchers de soleil sur la ville
Les bibelots débiles
Les orchestres anciens
Le chant des bruants sur les fils
Les poissons d’avril
Tous ces petits riens
Qui nous rendent la vie moins futile
J’aime les choses inutiles
Qui nous font du bien.

[…]

Moi j’aime les choses inutiles
La joie de Lucille
Quand naissent les fleurs
Un film de Buffalo Bill
Une automobile
En panne de moteur
La voix des poètes en exil
Toujours en exil
De jour et de l’heure
Les couleurs de leurs chants fragiles
J’aime les choses inutiles
Qui nous parlent au cœur.

Loin de moi l’idée de mousser la consommation de gadgets. Au contraire, si l’on observe bien, les choses les plus inutiles sont souvent ces fleurs du présent, ces éclats de bonheur que l’on cueille chaque jour sans se précipiter, le cœur alerte et léger. Alors, pourquoi, finalement, perdre tant de temps à courir les biens utiles? À gagner tout cet argent, pour se payer quoi? Oui, mais Ghislain, tu sais… idéaliste que tu es! J’aime relire ce discours du sénateur Kennedy, candidat à l’élection présidentielle, en 1968 :

Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants.

En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion […]. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

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