Y a-t-il un indésirable dans le vieux manoir?

Le portrait. Années 1950. Un grand domaine nommé Hundreds, sis dans la campagne anglaise, et un manoir d’une autre époque qui tombe de plus en plus en décrépitude. Une famille d’origine ancienne − les Ayres − qui habite ce lieu suranné et dont il ne reste que trois membres qui s’adaptent mal au monde moderne qui les rattrape : Mrs Ayres, sexagénaire, Caroline, jeune femme volontaire dans la trentaine, un peu bourrue et sans trop de charmes, et Roderick, le cadet, qui a été blessé à la guerre, maître malgré lui de la maison autrefois sous l’égide de son père, et qui arrive tant bien que mal à assurer la survie du domaine et de ses résidants.

Le contexte. Le docteur Faraday, médecin du village de Lidcote, franchit, un jour qu’il est appelé par son devoir, la barrière qui entoure le domaine et redécouvre cette grande maison aimée que sa mère a déjà habitée, il y a longtemps, alors qu’elle était domestique pour la famille. Il se rappelle l’avoir visitée alors qu’il était enfant. Fasciné par ce lieu plein de souvenirs, il devient peu à peu l’ami de cette famille, qui croule sous l’ennui et les obligations et cache mal sa détresse devant l’avenir incertain du domaine. Roderick est aigri et impatient. Caroline, revêche, mais enjouée à ses heures. Et Mrs Ayres, par ses manières avenantes issues d’une autre époque, protège encore tant bien que mal l’honneur déjà entaché du domaine.

L’intrigue. Ce fragile équilibre ne tardera pas à être ébranlé par les événements étranges qui secoueront le manoir… et qui accéléreront sa décrépitude, au grand dam de ses habitants. Au point que les gens du village discutent… La famille serait-elle affublée d’une tare? La folie guetterait-elle chacun d’eux? Les domestiques s’inquiètent… Le manoir lui-même, dont certaines pièces sont à l’abandon et dont les espaces s’assombrissent et se vident de leur restant de vie, aurait-il quelque chose à voir avec ses malencontreux revers? Une présence mauvaise serait-elle à l’origine de tout cela, comme l’affirme la toute jeune domestique Betty et le soupçonne Mme Bazelay, la cuisinère? Ou encore des poltergeists?

Le narrateur. Le Dr Faraday nous racontera par l’intérieur, avec son point de vue critique, et aussi sensible, de médecin de campagne peu sûr de lui et qui n’a pas réussi aussi bien que ses confrères, les turpitudes, les grandeurs et misères, et les élans intimes de cette famille à laquelle il s’attache. Il se sentira de plus en plus concerné par le sort des Ayres pour lesquels il éprouvera de plus en plus d’amitié, et en particulier par celui de Caroline, dont il succombera lentement aux charmes discrets. Avec eux, il pénétrera les mystères de ce lieu…

Mon appréciation. L’indésirable (Alto, 2010) nous entraîne avec force et émotion dans un univers glauque et désuet, aux accents à la fois sombres et lumineux… et nous plonge dans l’entrelacs des angoisses, des joies, des peurs, des folies et des espoirs de ses personnages humains, mélancoliques, mais attachants. Des heures de plaisir, et même parfois troublantes, sont au rendez-vous. Un livre qui nous habite avec bonheur. Bref, un tableau évocateur brossé par l’écriture remarquable de l’auteure anglaise, Sarah Waters, dont l’œuvre a été finaliste en 2009 pour le prix Booker. Un livre que l’on dévore autant qu’il vous dévore. À ne pas lire avant de vous coucher, si vous avez les nerfs fragiles!

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