Exclusif : entrevue avec le père Noël

Cet article que j’ai rédigé à la suite de ma rencontre avec le père Noël vient de paraître dans le dernier numéro (vol. 8 no 1) de la revue Langues de feu dont je suis l’éditeur. Il fait environ six pages dans la publication originale. J’ai décidé de le publier ici au complet pour le bénéfice des lecteurs et aussi pour vous transmettre à ma façon mes vœux les meilleurs à l’occasion des fêtes. Bonne redécouverte de ce personnage mythique et bonne lecture!

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Exclusif : entrevue avec le père Noël

J’ai osé appeler le père Noël et lui demander un entretien. Imaginez! Mes jambes flageolaient alors que ça sonnait au bout du fil. Comme j’avais déjà travaillé pour un organisme d’éducation pour les enfants  reconnu, il y a quelques années, j’ai pu cultiver certains contacts précieux, que j’ai conservés jalousement depuis. Quelques détours par des lutins, et une gentille discussion avec la fée des glaces, m’ont valu le privilège, au final, de pouvoir lui dire quelques mots sur le vif. En deux temps trois mouvements, ça y était. Nous avions convenu d’un endroit et d’une heure, en catimini. À l’heure où je transcris l’enregistrement de l’entrevue, j’entends encore résonner dans la cage de l’escalier le rire du célèbre personnage montant jusqu’à mon appartement. Il m’avait pourtant dit d’être discret… Mais bon, voilà : il s’est assis devant moi. Il avait les joues couperosées, tout fébrile qu’il était. Après avoir fait quelque peu connaissance, j’ai pu lui poser ces questions qui me tarabustaient depuis longtemps… Je livre ici l’entrevue dans son intégralité.

par Ghislain Bédard

Ghislain Bédard – Bonjour père Noël. Merci d’avoir accepté mon invitation. C’est vraiment un honneur…

Père Noël – Ho ho! Je n’ai pas l’habitude d’accorder d’entrevue. C’est bien parce que c’est votre revue, que j’aime bien. Et il faut bien se mettre au goût du jour, n’est-ce pas? L’ère des communications, vous savez. Ho ho!

GB – J’en suis d’autant plus touché! Passons aux choses sérieuses. Réglons la question de votre âge. Si vous voulez bien en parler, bien sûr.

PN – Vous savez, les êtres mythiques n’ont pas d’âge. Ils vivent par-delà le temps et les cycles. Ils naviguent dans un autre temps, celui des rêves.

GB – Ne détournez pas la question, je vous prie.

PN – Ho ho! Euh… En fait, vous connaissez saint Nicolas? J’ai à peu près son âge.

GB – D’après mes notes, saint Nicolas serait né en 270 de notre ère, à Patras, en Asie mineure (aujourd’hui, la Turquie). Ce 6 décembre, ça vous aurait fait 1738 ans!

PN – Vous y êtes presque…

GB – Mais mes notes disent aussi (je me réfère au livre La légende de saint Nicolas, Rennes, Éditions Ouest-France, 1998) que saint Nicolas serait mort en 329!

PN – C’est ce que j’essaie de vous dire. Je ne suis pas tout à fait saint Nicolas. Il est mort à 59 ans, ou même à 90 ans selon d’autres sources. Rien de précis : ça laisse des doutes sur le personnage, une aura de mystère. En fait, les êtres mythiques sont difficiles à cerner. Ils vivent plus longtemps, au-delà des siècles. Ils se substituent aux morts ou les prolongent. Ils naviguent dans un autre temps, disais-je bien. En réalité, saint Nicolas a « donné naissance » au père Noël… Pour ma part, je peux affirmer que ma vie se nourrit de la confiance et de l’espérance que les enfants ont pour moi. Et aussi un peu du rêve que les parents retrouvent avec eux. Les enfants ont un grand pouvoir sur ma vie. L’espérance peut tout, surtout quand elle brille dans leurs yeux. S’il advenait qu’ils croient de moins en moins en moi, je pourrais disparaître tout à fait… Mais ce n’est pas près d’arriver!

GB – Vous sembler donc prétendre que vous n’êtes pas vraiment saint Nicolas. Alors, quel est votre lien avec lui? En anglais, on vous appelle bien Santa Claus?

PN – Vous êtes familier avec les mystères. Vous aimez vous en émerveiller dans votre revue, je crois bien. Alors voilà : je suis saint Nicolas et ne le suis plus tout à fait. Je conserve son esprit et perpétue sa mémoire…

GB – Ça m’apparaît compliqué. Je vois un peu…  Vous avez toujours eu un lien avec les enfants, n’est-ce pas? On raconte que saint Nicolas a ressuscité trois enfants alors qu’il était en route vers la ville de Nicée. Trois enfants qui avaient été tués et dépecés par un boucher cruel. Plusieurs illustrations de saint Nicolas mettent d’ailleurs en scène ces trois enfants sortant d’un saloir. À part l’amour protecteur que vous avez pour les enfants, vous lui ressemblez peu, il me semble. Alors, au vrai, vous êtes son cousin germain laïc?

PN – Ho ho! Autrefois, les miracles étaient possibles, voire choses courantes. Saint Nicolas a fait ce genre de trucs, il est vrai. Pour ma part, aujourd’hui, j’accomplis d’autres genres de miracles… moins ostentatoires, dirait-on.

GB – Pourrait-on dire que vous avez pris une distance avec la religion catholique?

PN – Euh… Je ne dirais pas ça comme ça. Disons que je me suis « mondialisé » ou universalisé. J’ai compris, la sagesse et le temps aidant, que les religions puisent à la même source… et qu’il vaut mieux, du moins pour moi, me réclamer de cette expérience du sacré qui les fonde et les rapproche que de m’associer plus étroitement à l’une d’entre elles. Disons que je suis tenant d’un certain postmodernisme! Voire d’un certain relativisme culturel… Ho ho!

GB – Excusez ma question directe et peut-être un brin décapante, mais…

PN – Ho, ho! Je vous en prie. J’ai accepté cette entrevue en sachant qu’on me demanderait probablement des comptes. C’est votre travail, pour le bénéfice des lecteurs. Je comprends et j’assume les critiques. Surtout, quand on traite d’un personnage mythique…

GB – D’accord! Mais… bon! Vous semblez moins « relativiste » concernant un point, à mon avis. Saint Nicolas aimait fréquenter les églises dans sa jeunesse, dit-on. Puis, il a été évêque de Myre, en Lycie. Il a assisté au concile de Nicée, rapportent même certaines chroniques. Vous, vous semblez fréquenter  assidûment d’autres genres de temples, plus modernes, si je puis dire! Ou postmodernes…

PN – Lesquels?

GB –  Les centres commerciaux!

PN – Vous voulez dire, au juste?

GB – Pourquoi répondez-vous aux invitations des centres commerciaux et participez-vous à tous ces défilés commandités? On pourrait vous reprocher vos accointances avec les marchands et les bonzes du marché, tant vous contribuez à faire rouler l’économie. Avez-vous des actions dans une multinationale ou des intérêts dans l’économie mondiale? Vous riez moins?

PN – Vous m’accusez d’être un capitaliste néolibéral?

GB – Oh, désolé! J’ai touché un point sensible. Je ne veux pas vous accuser de quoi que ce soit, mais je ne peux m’empêcher de me poser des questions devant le fait que vous participiez à ces événements mercantiles. J’aurais attendu autre chose de votre part.

PN – Quoi donc?

GB – Que vous restiez un peu à l’écart de tout cela. Comme les rois mages, par exemple…

PN – Que dire! Oui, je fais rouler l’économie, si l’on veut voir ça comme ça. C’est ce que certains économistes ou commerçants veulent croire. Il est vrai qu’on peut avoir l’impression que j’invite les gens à acheter. Il y a un peu d’abus, je concède. Mais en offrant tous ces cadeaux, je mise d’abord sur la générosité. Je veux donner de la joie, égayer les enfants, valoriser la gratuité du don et du partage. Ho ho!

GB – Mais ne leur apprenez-vous pas ainsi à ne compter que sur les acquisitions matérielles pour faire leur joie et leur bonheur, comme le propose la société?

PN – Je suis confus. Je vois qu’il est facile de se méprendre sur mes intentions. Mais avec l’expansion rapide de mon entreprise dans le dernier siècle, je me suis peut-être écarté de ma mission de départ. C’est le problème, souvent, avec le développement effréné des entreprises. Moi, ce que je veux, c’est offrir une récompense aux enfants sages, autrement dit aux enfants qui ont fait des efforts marqués dans l’année pour s’améliorer, à leur mesure. Mais vous savez, je vais vous dire une chose : je ne suis pas responsable de l’étendue des dégâts. J’y participe, mais chacun de nous en est responsable aussi, je crois. Moi, je veux donner de l’espoir aux enfants. Si les adultes ont voulu se donner de gros cadeaux entre eux, ce n’est pas de mon ressort. Si les marchands en ont fait leur profit, s’ils récupèrent ce que je fais et ce que je suis, et les valeurs que je veux répandre…

GB – Vous croyez que les centres commerciaux vous veulent pour vos beaux yeux, ou je dirais mieux pour votre générosité exemplaire, n’est-ce pas plutôt parce qu’ils savent que vous les aiderez à faire des profits?

PN – Comme vous dites. Je suis trop naïf, peut-être. Moi, je crois les gens bien intentionnés au départ.

GB – Mais n’avez-vous pas l’impression de vous faire rouler en quelque sorte? Seriez-vous pour l’abolition de l’achat de cadeaux à Noël, comme le propose le mouvement Noël sans achat, ou du moins pour une certaine réduction…

PN – Pourquoi pas! Pour ma part, ça ne perturberait pas mon travail. J’aurais moins de concurrence, en fait. Je pourrais continuer de donner aux enfants. Peut-être même un seul cadeau alors, ce serait bien. Je n’aurais pas à en donner une montagne pour rivaliser avec celle des parents. (Je sais que les parents en donnent aussi à leurs enfants!) En réalité, ce sont les adultes qui, à leur âge, veulent encore des cadeaux. Mais ils ont peut-être gardé leur cœur d’enfants, qui sait. S’ils veulent s’offrir des ordis, des cellulaires, des autos, etc., ils sont un peu responsables aussi de la surconsommation.

GB – Vrai. Je ne veux pas vous tarauder à l’excès, mais un point m’obsède, que je ne peux passer sous silence.

PN – Ho ho! Vous êtes un coquin. Mais vous êtes curieux, et en quête de sens et de vérité. C’est très bien. Allez-y, c’est de bonne guerre. Ho ho!

GB – Coca-Cola est une multinationale. On la soupçonne d’être en bonne partie responsable de l’épidémie d’obésité, en particulier chez les enfants, qui sévit dans le monde en raison des quantités de sucre qu’ils ingèrent par cette boisson spécialement. N’est-ce pas intolérable? Vous vous êtes associé à cette compagnie au siècle dernier. Voulez-vous encourager les enfants à devenir aussi obèses que vous? Avez-vous toujours une part dans Coca-Cola?

PN – Vous me traitez d’obèse?

GB – Euh…

PN – Vous ne riez plus?

GB - Je suis désol…

PN – Ho ho! Ho ho! Elle est bonne. Je vous ai bien eu. Écoutez, j’assume mon âge respectable. J’ai pris quelques kilos par siècle. Que voulez-vous, tout tend à s’écorner, les coins s’arrondissent avec le temps. N’est-ce pas un peu le signe de ma bonhomie et de ma générosité?

GB – C’est vrai. Sans votre… silhouette bien-portante, nous n’aurions pas autant envie de nous emmitoufler dans vos bras et de nous asseoir sur vos genoux.

PN – Vous en avez encore envie?

GB – Euh… Nous parlions de Coca-Cola.

PN – Ho ho! Non, je n’ai pas de lien avec eux. Je suis loin de vouloir inciter les enfants à suivre mon exemple sur le point de l’obésité. Au contraire, je voudrais les encourager à prendre soin d’eux, corps, cœur et esprit. Cependant, je dois avouer que…

GB – Vous avez quand même une entente avec la multinationale…

PN – J’ai eu… Ils ont financé, en fait, mon habit. C’est eux qui m’ont imposé le « rouge Coca-Cola » au début du siècle dernier. Je n’étais pas habillé en rouge auparavant. J’avais de jolis costumes aux couleurs mode et joliment agencées. J’étais lié à eux par une entente de quelques décennies…

GB – Mais pourquoi avoir accepté?

PN - Vous avez entendu parler de la crise de 1929? J’ai eu besoin de renfort pour mon entreprise et j’ai accepté de figurer sur leurs affiches publicitaires. N’empêche que c’est cette compagnie qui m’a aidé à me faire connaître à la grandeur de la planète.

GB - Et qui a renforcé votre lien avec l’entreprise privée et l’économie mondiale…

PN – Vous êtes perspicace. Ho ho! Et vous avez raison… Mais l’entente est révolue. C’était une erreur.

GB – Alors, si l’entente n’est plus, pourquoi garder votre costume rouge?

PN – Vous savez, ça m’allait bien. Je fais un peu de couperose sur les joues. L’habit rouge, en rehaussant mon teint, me donnait un air plus en santé. Et par souci de marketing, c’était plus simple. Puis, une certaine tradition s’est installée. Les enfants me reconnaissent facilement. Mais j’avoue que je commence à m’en lasser. Dans mon entreprise, presque tout est en rouge!

GB – Parlant d’entreprise, vos jouets, d’où proviennent-ils au juste? Plusieurs enfants remarquent que les jouets qu’ils reçoivent, et plusieurs parents aussi, sont fabriqués en Chine, en particulier. (Dans l’organisme d’éducation pour lequel je travaillais, nous apprenions aux enfants à s’intéresser à la provenance des produits et à contrer ainsi certaines injustices en faisant des choix plus éclairés.) En plus, ils se brisent facilement!

PN – Ils ne sont pas tous faits à l’usine du Nord. De moins en moins. Je ne peux nier votre source. Je me dois d’être honnête : je m’approvisionne en Chine et dans d’autres pays du Sud pour répondre à la demande en hausse. Et la qualité y perd peut-être aussi au change. C’est la tendance qu’adopte plusieurs entreprises de nos jours.

GB – Vous avez raison. Mais ne contribuez-vous pas ainsi à encourager le travail des enfants? Dans le monde, des millions d’enfants sont soumis et exploités par de grandes multinationales.

PN – Je m’assure que ce n’est pas le cas. Vu les contraintes de temps cependant, je ne peux aller vérifier sur place. Il faudrait que j’engage des centaines de vérificateurs…

GB – Vous avez déjà entendu parler des compagnies qui adoptent un code d’éthique? Vous auriez intérêt à développer une telle politique pour votre entreprise de distribution, je crois.

PN – J’y ai déjà pensé, il y a longtemps. Mais vous, et votre ordinateur… portable, là, sur lequel vous prenez des notes, il est fabriqué à quel endroit?

GB – C’est un ordinateur Dell! Et il est fabriqué en… euh!… Chine. Désolé. Loin de moi l’idée de vous faire la leçon. On peut toujours s’améliorer, je crois.

PN – Voilà. Ho ho!

GB – J ‘ai une autre question : la veille de Noël, vous vous envolez par magie avec votre traîneau, dit la légende. Soyons sérieux : quel est votre moyen de propulsion? Vous utilisez des biocarburants, de l’essence simplement? Un avion, pour un aller-retour Québec-Paris émet environ 2,33 tonnes de CO2  par passager, soit plus de la quantité émise par l’usage moyen d’une voiture pendant 1 an. À la quantité de kilomètres que vous faites durant une nuit pour rejoindre tous les enfants de la Terre, vos émissions doivent être catastrophiques? Et comment faites-vous pour faire le tour de la Terre en une nuit?

PN – Je n’utilise pas d’essence ni de biocarburants ni aucun moyen de propulsion polluant. Ces moyens habituels, et quelque peu désuets, ne pourraient en aucun cas me conduire plus loin que d’ici à Dakar en une nuit… Ce n’est pas réaliste, compte tenu de l’espace que j’ai à parcourir, vous imaginez? Alors… vous connaissez un peu la physique quantique? Elle s’intéresse aux mystères de l’univers subatomique. Le principe de non-localité, ça vous dit quelque chose? J’ai développé, avec l’aide de chercheurs passionnés de physique fondamentale, mon propre moyen de déplacement. Et ce, depuis des siècles. L’ère moderne n’a rien inventé. Elle ne fait que confirmer ce que les anciens ont intuitionné depuis des temps immémoriaux. Lisez le livre Le Tao de la physique de Fritjof Capra à ce sujet. Le traîneau, ce n’est qu’un trompe-l’œil, que de la poudre aux yeux. C’est tout ce que je peux vous dire…

GB – Alors, vous êtes un père Noël vert?

PN – Tiens, ce serait une bonne idée, un habit avec du vert pour les prochaines décennies. Ho ho!

GB – Et tous ces cadeaux que les enfants reçoivent et qui sont emballés avec de jolis papiers? Imaginez la quantité de papier gaspillée de par le monde, en une seule nuit! Il y a de quoi couper à blanc plusieurs grandes forêts de la taïga. Et ces tonnes de papiers d’emballage vont pour la plupart dans les poubelles… Êtes-vous un père Noël écoresponsable? Que pouvez-vous faire?

PN – C’est à chacun de se mettre au recyclage, non?

GB – Mais père Noël, je suis déçu. Le recyclage ne règle rien en amont. Il faut couper des arbres pour faire du papier. Le recyclage ne fait que favoriser le réemploi du papier déjà fabriqué. Il sauve des arbres, oui, pour un certain temps. Si on continue à utiliser autant de papier qu’on le fait, on continue de couper des arbres et de détruire les forêts. Dans l’industrie de l’alimentation, on commence à se sensibiliser à la surutilisation des emballages…

PN – Pour dire vrai, j’avais déjà commencé à y songer. Vous achevez de me convaincre. Je voudrais passer aux sacs-cadeaux réutilisables ou aux… jolies taies d’oreiller. J’ai un ami qui fait cela. ll emballe ses cadeaux avec une taie de couleur verte qu’il décore d’un joli ruban rouge. Il les réutilise l’année suivante. Ho ho!

GB – Bonne idée. Alors, vous passez à l’habit vert?

PN – C’est un engagement.

GB – Avant dernière question…

PN – Vous en aviez un chapelet, si je puis dire… Ho ho!

GB - Je me suis toujours posé beaucoup de questions, depuis que je suis enfant! J’y pense, n’êtes-vous pas un peu en compétition avec le petit Jésus?

PN – L’enfant Jésus est le sens véritable de toute cette entreprise. Dans les enfants que je gâte, c’est un peu lui que je sers. Les enfants sont un mystère que je chéris. Ils sont plus précieux que tout. L’humanité a beaucoup à apprendre d’eux. Trop sont maltraités et abusés. (Vous m’avez fait réfléchir sur le travail des enfants en Asie ou ailleurs! Je veillerai à voir cela de plus près, à ce que les jouets que j’offre aux uns ne contribuent pas à diminuer les conditions de vie des autres.)  J’ai un peu de ces mages, de ces chercheurs d’étoiles, toujours en marche. L’enfant Jésus, il nourrit notre besoin de spiritualité et d’humanité. Il enseigne l’Amour et la Justice. Moi, je nourris le besoin de magie, de féerie et d’imagination. J’enseigne la Poésie et la Créativité. Et je sais ce que vous allez dire : que le père Noël, et son habit rouge, n’est plus très original, qu’il est devenu…

GB – … un cliché! Vous avez lu dans mes pensées.

PN – C’est vrai. C’est ce qu’on a fait de moi, je l’admets. Et je n’affirmerai jamais assez ma propre liberté, qui m’est chère. Que ceux qui ont des yeux d’enfants me voient tel que je suis réellement… Ho ho!

GB – Justement, sommes-nous en train de perdre le sens de Noël? Nous sommes dans un temps de crise et de gestion économique serrée. Le pragmatisme et le réalisme ont la cote. La surconsommation nous ruine.

PN – Toute crise est un accouchement. La gestion serrée est l’arme des peureux, peut-être. Moi, je veux susciter la confiance aux mystères. On n’a pas le contrôle de la vie. La confiance en la vie peut faire des miracles, si on y croit. J’ai resuscité des enfants ainsi.

GB – Bon, c’est un peu mielleux. Mais c’est Noël après tout. Et c’est vrai que ça fait du bien de se laisser aller à rêver à un monde différent. Vous avez dit… Vous venez de dire que vous êtes… saint Nicolas, c’est bien ça?

PN – Vous êtes libre de le croire.  Ho ho! Ho ho!

GB – Mouais… Pour conclure, quelques questions en rafale. Votre couleur préférée?

PN – Le bleu d’une nuit étoilée. Non, ce n’est pas le rouge!

GB – Votre dessert préféré?

PN – Les baklavas à la turque.

GB – Vous trahissez vos origines! Votre sport favori?

PN – Le traîneau.

GB – On ne s’en serait pas douter. Votre inspiration?

PN – Les rois mages.

GB – C’est clair. On vous a déjà surnommé le 4e roi mage… Enfin, votre souhait?

PN – Offrir la paix en cadeau. Mais ce n’est pas possible.

GB – C’est un peu ce que vous faites en donnant aux enfants et en inspirant l’échange de cadeaux que nous faisons entre adultes. C’est une volonté de trève, un signe de paix, de générosité et de bienveillance.

PN – Vous savez, beaucoup d’enfants souhaitent la paix, et l’illustrent souvent dans leurs dessins. C’est un peu moi qui leur souffle à l’oreille. Tant qu’ils croiront en moi, ils croiront en la paix. Ho ho!  Ho ho!

GB – En tant qu’être mythique, vous n’êtes pas parfait, père Noël. Votre rire, on n’en peut plus! Mais sur plusieurs points, vous êtes admirable.

PN – Ho ho! Ho ho! Ho ho… Oups!

GB – C’est moi qui ris dans ma barbe, maintenant! Père Noël, grand merci de cet entretien. Et heureuse nuit de Noël toute bleue… dans votre traîneau quantique!

© Ghislain Bédard, 2008

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