Messieurs Harper et Arthur… et l’art!

Évidemment, la culture et l’art, ça ne sert pas à grand-chose. Ce n’est surtout pas rentable économiquement. Et en quoi est-ce véritablement utile à la société? L’art, ou la culture, apporte juste un peu de distractions ou d’agréments quand on a besoin de se changer les idées après avoir joué avec les chiffres toute la journée et avoir fait quelques coupures dans les budgets ici et là… Les artistes sont des fainéants de luxe, qui veulent faire croire qu’en faisant de l’art ils travaillent, alors qu’ils s’amusent à barioler leur toile ou à jeter quelques mots ici et là sur du vieux papier jauni.

Bien sûr, vous aurez saisi l’ironie. Et les quelques allusions aux mesures récentes du gouvernement fédéral. Monsieur Harper a sûrement une vision puérile de l’art et de la culture, que partagent probablement la majorité des gens. Monsieur Arthur, l’ex-animateur de radio devenu député, s’en fait d’ailleurs le porte-parole avisé quand il déclarait à la télé, lors du bulletin de nouvelles, que les subventions à l’art et à la culture « servent à payer les billets d’avion du Cirque du Soleil et à financer la tournée d’Éric Lapointe qui se promène en Mercedes » et qu’il est tout à fait justifié de sabrer dedans. Il renforce ainsi la vision erronée et clichée que les artistes sont tous des gens qui roulent sur l’or et qui bénéficient des largesses du système… et que l’art, c’est une affaire pour les élites qui ont du temps à perdre.

Pourtant, il n’y a pas que les Cirque du Soleil et les Éric Lapointe qui font de l’art et, surtout, qui définissent notre culture. Quantité de petits artisans y contribuent, en apportant un peu de leur élan et de leur vision souvent audacieuse et rafraîchissante. Qui apportent un peu de souffle pour éviter la sclérose de nos modes de vie.

Je pense à une amie peintre qui travaille avec acharnement et assiduité à ses œuvres qu’elle réussit merveilleusement et qui sont de plus en plus reconnues, et qui arrive à peine à payer son pain; je pense à de jeunes artistes qui choisissent de faire un job exigeant qu’ils aiment peu ou pas du tout pour gagner leur croûte et qui, en fin de compte, arrive peu à faire ce pour quoi ils ont du talent; je pense à ces compagnies de théâtre ou de création qui essaient de survivre d’année en année, et qui paient leurs artistes au salaire minimum ou presque, pour pouvoir poursuivre leur mission artistique et sociale; je pense à ses poètes qui écrivent sans relâche pour… en fin de compte ne pas être lus (en moyenne, un livre de poésie qui atteint un certain succès se vend en 400 ou 500 exemplaires maximum; avec 8 % de droits d’auteurs, ça paie peut-être le loyer du mois d’octobre!)

Faites l’essai d’une journée sans art ou culture : retirez tous les tableaux de votre maison, cachez tous les disques et spécialement vos favoris, donnez tous vos livres et vos DVD, barrez tous les sites qui ont quelque lien avec l’infographie et la créativité, fermez votre ordinateur, n’achetez plus de vins, de produits fins ou du terroir, retirez tous les objets décoratifs de votre salon, n’écoutez que le canal Nouvelles sur votre télé, mettez votre appareil photo et votre caméra à la poubelle, ne parlez qu’une langue de bois et n’écrivez plus de beaux mots, spécialement en français, à vos amis, et surtout jetez toutes vos babioles pour faire du scrapbooking ou quelque autre occupation pour vous changez les esprits, etc. Et profitez enfin du fait que vous n’avez plus de culture et d’art qui vous malmènent tant la vie.

Et si vous pensez qu’il est bien coûteux d’aller au théâtre, de payer des billets pour des spectacles, pour des concerts de votre chanteur favori, dites-vous que les billets seraient peut-être deux fois plus chers si les producteurs et les artistes ne bénéficiaient de subventions du gouvernement; vos livres et vos disques seraient hors de prix; votre émission favorite serait envahie par la pub, etc. Bref, les subventions pour la culture et l’art, tout le monde en profite…

J’aime bien l’initiative de l’écrivain Yann Martel, auteur de l’Histoire de pi, qui bientôt depuis deux ans envoie toutes les deux semaines une œuvre littéraire au premier ministre du Canada, Stephen Harper, pour faire un tant soit peu sa culture. Voici ce que relate un article à ce propos sur le site de Canoe en juillet 2008 :

Toujours aussi déterminé, l’auteur de L’Histoire de Pi reconnu internationalement, Yann Martel, poursuit sa démarche […] d’envoyer par la poste tous les quinze jours une œuvre littéraire accompagnée d’une lettre qu’il aura écrite au premier ministre Harper, qu’il juge comme un homme qui se préoccupe peu ou pas des arts et de la culture en général. «Tant qu’il restera au pouvoir, il recevra un livre de ma part. Je ne baisserai pas les bras», note l’écrivain.

Hormis une réponse de trois lignes signée par l’adjointe du premier ministre et reçue par l’écrivain après l’envoi du premier roman, La Mort d’Ivan Illitch, de Léon Tolstoï, l’initiative appuyée par plusieurs intervenants culturels, notamment l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ), est restée lettre morte.

«Il m’ignore totalement, c’est le silence total et je n’ai aucune idée s’il a lu les livres. J’ai l’impression que la culture reste pour lui du divertissement au même titre que le hockey.»

Pour en connaître plus sur l’initiative de Yann Martel intitulée Que lit Stephen Harper?, visitez le site : www.quelitstephenharper.ca

Et pour vous gausser un peu de la situation, allez voir tout de suite ce clip hilarant que m’a fait parvenir mon frère : Culture en péril.

En passant, je n’ai rien contre le hockey ou le tennis! 😉

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s