Tout ce que je souhaite exprimer de la manière la plus authentique doit émerger d’au-dedans de moi et se manifester d’abord dans mon intimité. Rien ne peut provenir de l’extérieur pour s’imposer à l’intérieur, mais tout doit émerger du dedans.
Maître Eckhart, théologien et philosophe dominicain (1260-1328)
Mes œuvres s’inspirent des mandalas, ces cercles sacrés que dessinent les moines tibétains depuis des siècles. À leur image, elles sont des « télescopes » braqués sur le grand mystère de l’univers, et proposent aussi le mouvement inverse : elles ouvrent sur un monde intérieur…
Aussi, par mes œuvres, je propose une organisation de la vie et du sens basée sur l’harmonie et la beauté. Je fais état d’une exploration en profondeur. Je rends compte d’un souci esthétique et poétique qui renvoie à une dimension autre, au silence intérieur, au mystère en soi et au-delà de soi. Je souhaite dresser des ponts entre les choses visibles et invisibles. C’est pourquoi mes œuvres empruntent aux mythes et au symboles universels. Pour moi, le mandala est donc une forme privilégiée pour exprimer ces relations qui nous lient à nous-même, à l’autre, à la nature et à plus grand que soi et une invitation à considérer chacune sous un nouvel angle, celui de l’interdépendance.
De plus, la vie est formée de cycles incessants. Elle déploie aussi une spirale qui s’étend du cœur de soi aux confins de l’univers. Dans mes mandalas qui évoquent ces dimensions circulaires de nos vies, la ligne noire s’impose. Ce simple segment de droite devient formes, courbes, volutes, textures, espaces fermés ou ouverts, liens visibles ou invisibles… autant de symboles qui honorent le mystère de l’existence.
Pour moi, créer des mandalas est une démarche qui invite à la réflexion et à la méditation. C’est une activité qui se situe en marge de l’activisme moderne et de l’efficacité, qui exige lenteur, minutie, délicatesse, patience, concentration, connexion à soi. Une erreur, et il faut recommencer. J’aime à penser que mes dessins, bien que très modernes, se situent dans l’esprit des métiers anciens, comme la reliure, qui exigeaient un « travail de moine » et une application constante. À leur façon, ils se rapprochent des arts de l’enluminure, de la calligraphie, de la dentelle…
Ghislain Bédard, 2010